22 novembre 2019

6min

Automobile

La mobilité aujourd’hui est traversée par des tendances de fond : la complémentarité des moyens de transport utilisés, la numérisation du secteur et la mise en avant des notions de service, d’expérience et de partage qui prennent le pas sur celles, respectivement, de transport et de propriété.

Vers une mobilité multimodale numérique

L’enjeu principal est celui de la ville. Selon l’ONU, près de 70 % de la population mondiale habitera en ville d’ici à 2050. Cette urbanisation galopante pose de sérieux problèmes en matière de pollution, d’encombrement et de stationnement. La mobilité doit répondre à cet enjeu en s’adaptant, avec toujours plus d’intelligence, à une mobilité urbaine moins polluante, plus fluide et plus agile.

Comment? Ce contexte oblige le secteur automobile à opérer une transformation sans précédent. Sur la scène de la mobilité, la voiture occupe, jusqu’à présent, une place centrale. Les éléments de réponse, face à cette crise, s’articulent autour de trois grands thèmes : le véhicule électrique, la conduite autonome et la connectivité.

Axes de transformation pour une mobilité intelligente : véhicule électrique, conduite autonome et connectivité

Les projections s’accordent sur un essor des véhicules électriques et hybrides d’ici à 2030 partout dans le monde. La chute brutale des ventes de moteurs diesel, déjà interdits dans plusieurs pays, a commencé. Quant à la motorisation à l’hydrogène, elle est encore confidentielle et de nombreux freins rendent son développement incertain, en dépit de l’intérêt croissant qu’elle suscite. Tous les constructeurs alignent désormais leurs « plans produits » sur ce consensus.

Mais l’essor des véhicules électriques, intégré désormais à tous les « plans produits » des constructeurs, reste conditionné par des enjeux technologiques majeurs. D’abord, il faut poursuivre le développement des batteries de nouvelle génération, c’est-à-dire des batteries sèches ou de 48 V, pour réduire leur coût et augmenter leur autonomie tout en abaissant les temps de recharge. Ensuite, il faut augmenter de façon significative le nombre de points de recharge publics et privés mis à disposition des automobilistes. Enfin, les acteurs de l’énergie doivent repenser leurs propositions d’offres.

Deuxième axe de transformation du secteur, l’adoption massive du véhicule entièrement autonome est prévue d’ici à 2050. Les voitures autonomes étant des voitures électriques – finesse de navigation et souplesse d’utilisation obligent – leur essor participera à la baisse de la pollution en ville.

Cette évolution exigera, encore une fois, des avancées technologiques conséquentes. Il faudra, tout d’abord, assurer la perception étendue des véhicules grâce aux communications entre véhicules, aux communications des véhicules connectés et à la 5G. L’information environnante devra être récoltée de manière fiable grâce à l’utilisation de capteurs très précis comme des radars, des caméras et des sonars. Une fois captée, l’information sera traitée afin de reconnaître son environnement, grâce à l’intelligence artificielle qui assurera des actions fiables. Selon cet objectif, les constructeurs devront développer des logiciels toujours plus poussés.

Le secteur routier doit aussi en être équipé. Une partie des capteurs et de l’intelligence artificielle devra par ailleurs être sortie des véhicules pour être disposée sur des infrastructures connectées et évolutives. Cela permettra d’abaisser de fait le coût unitaire des véhicules et de rendre possible leur adoption de masse. Disposer d’une architecture électronique et électrique de nouvelle génération, ultraperformante en matière de puissance de calcul et de puces électroniques, sera indispensable.

Troisième axe de développement du secteur, la connectivité représente un enjeu de taille, source de nouveaux revenus et d’économies considérables. D’ici à 2035, les nouvelles technologies de mobilité devraient générer 40 % des bénéfices du secteur. Les constructeurs font appel à des partenaires extérieurs, comme des entreprises de télécommunications ou d’assurances, pour offrir à leurs clients de nouveaux services et inventer de nouveaux usages créateurs de valeurs : exploitation commerciale, sécurité routière, assistance à la conduite, divertissement, navigation, diagnostic et maintenance. Ils doivent aussi renforcer leur collaboration avec des acteurs de la haute technologie, notamment les géants du Web, nouveaux entrants sur le secteur, pour offrir encore d’autres services allant de l’amélioration de l’expérience utilisateur avec des interfaces fluides à la sécurité des données.

Des enjeux majeurs de transformation

Pour sortir vainqueur de cette mutation sans précédent, constructeurs et fabricants automobiles d’équipement d’origine sont confrontés à des enjeux de transformation profonds. Leur succès va dépendre de leur capacité à entrer en synergie.

Un rapprochement des acteurs entre eux sera nécessaire pour assumer les investissements colossaux attendus. En effet, l’effort d’investissement qu’implique cette révolution demande d’entrer dans une course aux alliances. Que le plus gros joueur gagne. Cette course a déjà commencé. En témoigne le nombre croissant d’alliances stratégiques déjà mises en place : Volkswagen et Ford, Renault et Fiat-Chrysler (encore à l’étude). De leur côté, les équipementiers se rassemblent aussi. Faurecia et Michelin se rapprochent, par exemple, pour créer un futur leader de la mobilité hydrogène.

Autre enjeu : devenir un acteur global, en s’impliquant sur l’ensemble de la mobilité urbaine. Les constructeurs ne se contentent plus de mettre à disposition des véhicules toujours plus innovants. Ils se déploient sur toute la chaîne de valeur, à l’image de la récente alliance entre BMW et Mercedes, dont l’objectif est de couvrir un éventail complet de services : autopartage, vélo hybride, taxi, location de stationnement, trottinette.

Par ailleurs, pour continuer à innover, le secteur automobile doit réussir sa mutation technologique. Des tendances technologiques sont, à divers degrés, en train d’arriver à maturité dans le secteur industriel, avec des réussites concrètes de pilotes et des premières mises à l’échelle : cybersécurité, infonuagique, mégadonnées, analytique, Internet industriel, objets connectés, robots, machines intelligentes, intelligence artificielle, chaîne de blocs, intégration numérique verticale et horizontale, jumeaux numériques, simulation, production additive, processus innovants et enfin, réalité augmentée.

Dans la course à la voiture autonome et connectée, ces nouvelles technologies poussent les constructeurs et les fabricants automobiles traditionnels d’équipement d’origine à se déplacer sur la chaîne de valeur en intégrant, notamment, le logiciel tout en se dotant d’unités dédiées à ces nouvelles technologies. L’acquisition récente par Faurecia de GuardKnox, société spécialisée dans le domaine de la cybersécurité des véhicules connectés et autonomes, est un bon exemple de cette mutation technologique.

Des contraintes de plus en plus fortes

Les acteurs du secteur doivent aussi faire face à des contraintes toujours plus fortes dans un marché mondial particulièrement instable et concurrentiel.

Les contraintes réglementaires sont toujours plus strictes. Or, dans le secteur automobile, la réglementation joue un rôle important sur les plans de l’environnement et de la sécurité. Les normes environnementales ou celles concernant le plan de certification, pour le véhicule autonome, sont plus sévères. Elles soulèvent par exemple des questions de transfert de responsabilité du conducteur vers le fabricant. Les acteurs du secteur sont donc amenés à faire des efforts appuyés en matière d’ingénierie et d’innovation. En parallèle, la législation évolue pour offrir un cadre juridique adapté au développement de la voiture autonome. En témoigne la modification de la convention de Vienne abandon de l’obligation du conducteur de rester maître de son véhicule à tout moment.

Le marché automobile est un marché de masse avec des attentes d’expérience client toujours plus fortes. Les acteurs du secteur se livrent une concurrence très vive pour offrir une gamme diversifiée de véhicules permettant de vivre une expérience de mobilité toujours plus aboutie, aussi bien en matière de qualité perçue que de prestations proposées, tout en maîtrisant les coûts et les délais.

Rarement un secteur connaîtra autant de bouleversements dans un laps de temps aussi court. Dans cette période, faire preuve d’agilité constitue probablement la clé pour réussir.