18 juillet 2019

6min

Energie et Utilities

La consommation d’énergie est indissociable de notre vie moderne. Elle nous offre un confort thermique, été comme hiver, une incroyable capacité de déplacement et nous donne accès à des produits, équipements et services compétitifs comme jamais l’humanité n’en a connus, issus d’industries automatisées et mondialisées.

La production d’énergie, un enjeu de quantité et de qualité

Selon des chiffres récents, un Nord-Américain consomme, au cours de sa vie, 7 tonnes d’équivalent pétrole. Un Français en consomme 4. Un Africain, moins de 1.

Historiquement, le secteur s’est structuré de sorte à répondre à une demande en énergie toujours plus grande. Les entreprises énergétiques veillaient à répondre à la demande de l’ensemble des usagers, à un prix abordable. Jusque-là, la problématique essentielle du secteur était donc de maximiser l’approvisionnement énergétique des pays consommateurs. Cette orientation générale reste fondamentalement valable. La demande mondiale est en hausse, du fait de la croissance de la population et de l’élévation du niveau de vie des habitants. Mais elle n’est plus le seul paramètre de l’équation.

Cet ADN historique est remis en question, depuis une quinzaine d’années, par de nouvelles exigences, notamment liées à la qualité de l’énergie produite et consommée. La première exigence est de neutraliser la contribution du secteur au réchauffement climatique. Pour cela, il est indispensable de réduire les émissions de gaz à effet de serre issues des énergies fossiles. La deuxième concerne la maîtrise des déchets et des pollutions associées à la production et à la consommation d’énergie. Ces déchets sont essentiellement d’origine nucléaire, et les pollutions associées concernent les particules fines et la pollution visuelle. Enfin, la troisième exigence relève des risques associés aux centrales nucléaires. Ils doivent être mieux anticipés.

Le secteur de l’énergie, dans un moment décisif de son histoire, doit donc répondre à des attentes contradictoires. Aujourd’hui, les clients souhaitent consommer de l’énergie en quantité et de qualité.

Et les entreprises énergétiques?

Pour faire face à ces enjeux, les entreprises de l’énergie interviennent sur des marchés en grande partie libéralisés. Elles doivent d’abord attirer des clients. Passant de la monoénergie à la multiénergie, ces acteurs doivent, à court terme, conserver leurs clients tout en gagnant de nouveaux marchés nationaux et internationaux.

Le succès de cette opération réside dans l’accessibilité économique de l’énergie, à savoir son coût global de production en matière d’acquisition et de conversion des équipements et son coût à sa consommation, par l’intégration de mécanismes complexes composés de taxes et de subventions.

Les acteurs de l’énergie doivent ensuite réinventer leurs modèles d’affaires. Aujourd’hui, ils ne vendent pas seulement de l’énergie, mais aussi des économies d’énergie et des services énergétiques. De cette manière, ils anticipent l’arrivée de nouveaux acteurs qui tirent parti des leviers du numérique et des incitations publiques pour favoriser une consommation responsable.

En troisième lieu, les entreprises énergétiques doivent garder la maîtrise sur leur développement ainsi que leur efficacité et leur agilité en tant qu’entreprise. Si on les compare à l’industrie manufacturière, les marchés de l’énergie ont longtemps été peu concurrentiels. Or, la recherche d’efficience et d’agilité devient absolument indispensable pour dégager les marges de manœuvre nécessaires aux transformations importantes du secteur.

En quatrième lieu, les entreprises énergétiques doivent réussir des projets importants. Pour cela, elles s’appuient sur des investissements industriels et des systèmes d’information toujours plus ambitieux.

Enfin, elles doivent développer leur capital humain. Traditionnellement, les entreprises du secteur de l’énergie conservent des équipes stables dans la durée. De nos jours, elles doivent renforcer les compétences de ces équipes pour répondre aux défis de marchés qui, jusqu’alors régulés et prévisibles, deviennent de plus en plus complexes et incertains.

Et les consommateurs?

La transformation du secteur de l’énergie ne se limite pas aux entreprises du secteur. Les consommateurs et les instances gouvernementales doivent aussi participer à la transition énergétique en comprenant ses enjeux et en se mobilisant. Les entreprises de l’énergie ne feront que répondre, comme tout acteur économique, aux attentes de leurs clients et des régulateurs. Quelle est la marche à suivre?

D’abord, les consommateurs doivent comprendre le fonctionnement de l’énergie, tant sur le plan physique que chimique. Ainsi, ils pourront mieux exprimer leurs attentes. Il est impératif de mener des actions pédagogiques de grande ampleur auprès des consommateurs, des entreprises et des politiques. En effet, les consommateurs sont confus en raison des multiples messages qu’ils reçoivent, tantôt contradictoires, tantôt enthousiastes, tantôt culpabilisants. Quant aux entreprises consommatrices, c’est la découverte d’une nouvelle dimension à maîtriser qui dépasse leurs activités principales qui s’avère difficile. Enfin, les acteurs politiques peinent à expliciter une stratégie énergétique qui suscite l’adhésion. L’énergie est une problématique que nous partageons tous.

Ensuite, les consommateurs ont le pouvoir de changer les choses. Ils peuvent exiger que les entreprises investissent sur les vrais leviers de transition. L’énergie devient un sujet politique et de consommation sensible. Des choix sont à faire, que les consommateurs peuvent encourager. Ils peuvent aussi apprendre à gérer le changement indispensable en faisant évoluer les usages.

Ainsi, la transformation du secteur de l’énergie ne peut se résumer à une transformation technologique. C’est une transformation des pratiques, des habitudes de vie. Il ne s’agit pas seulement de passer, par exemple, d’un véhicule à combustion interne à un véhicule électrique, ou de choisir l’énergie éolienne ou solaire au lieu de l’énergie nucléaire. Les dynamiques sont bien plus complexes. Cette évolution ne pourra pas se mener par des incitations douces et des taxes minimes. C’est une transformation d’ampleur qui nécessite des choix forts, politiques, économiques, philosophiques. Il s’agira d’assumer des compromis et d’amener les consommateurs, par nature réticents au changement, à l’accepter celui-ci.

Axes de réussite

À la croisée de multiples disciplines, l’énergie touche aussi bien à la science, aux technologies, à la politique, à la sociologie, qu’à la communication. Pour réussir la transition énergétique, il faudra maîtriser le numérique. C’est l’une des clés pour réussir la transition énergétique, aussi bien pour les acteurs du marché que pour les consommateurs et les acteurs politiques.

Des développements majeurs concernant les systèmes de mesure, d’analyse, d’échange et de gestion de l’énergie, devront s’opérer en « temps réel ». Il s’agit là d’accompagner la complexification des systèmes distributeurs d’énergie, la maîtrise des consommations par les consommateurs et la criticité de l’adéquation entre offre et demande, par l’entremise de leviers physiques, tarifaires ou réglementaires.

Enfin, l’un des grands enjeux, pour les années à venir, sera de donner à comprendre la réalité quantifiable des énergies. Les différents acteurs devront être capables de visualiser, de simuler et de mesurer les conséquences des initiatives mises en place. C’est le seul moyen de s’assurer que les stratégies décidées atteignent les objectifs visés et qu’il y a un facteur préalable à la mobilisation raisonnée de l’ensemble des acteurs. Ces acteurs sont de natures multiples. Ils regroupent les entreprises du secteur (producteurs, transporteurs, distributeurs, vendeurs, entreprises de services), mais aussi les consommateurs (particuliers, professionnels, entreprises). Ce sont enfin les acteurs politiques : acteurs gouvernementaux, partis politiques, médias, dont le rôle, pour mener à bien la transition énergétique, sera essentiel.