Date de publication : 22 novembre 2019

Temps de lecture estimé :  9 min

Stratégie IT

L’émergence de nouvelles technologies met en mouvement les écosystèmes économiques, sociaux ou environnementaux, et fait émerger, au-delà de la seule performance, une attente de soutenabilité et de sens. C’est l’« ère des écosystèmes » et de son outil, la plateforme.

Ces plateformes mobilisent des leviers innovants, comme l’algorithmique et l’intelligence supercollective, et soulèvent de nouveaux enjeux, par exemple la cybersécurité.

L’ère des écosystèmes

La technologie est le cœur de la transformation des entreprises et des acteurs publics.

Les ruptures technologiques successives ont bouleversé l’économie mondiale. Elles ont restructuré les marchés et les industries, refondu les stratégies de production de valeur et de différenciation, et transformé les emplois, les compétences, les pratiques de travail et les cultures d’entreprise.

Une dynamique est à l’œuvre avec encore plus d’évidence que lors des révolutions industrielles précédentes : la technologie est le moteur d’une part importante de la croissance économique. Versatile et omniprésente, la technologie augmente l’expérience, accélère les interactions et les collaborations, et explore un nouveau champ des possibles.

De la plateformisation des services émerge une nouvelle économie post-numérique. Cette dernière développe ses propres marchés et stimule l’offre et la demande en tirant profit d’importants effets de réseau(*). C’est l’« ère des écosystèmes », où les plateformes mettent en mouvement des collectifs inédits et démontrent leur empreinte positive sur les écosystèmes économiques, sociaux ou environnementaux, tout en répondant à une attente de soutenabilité et de sens.

La plateformisation des services

L’ère des écosystèmes est le produit de la « plateformisation des services », c’est-à-dire de l’action d’une « plateforme », qui se veut un outil de création et d’émulation des écosystèmes et de ses communautés ouvrant la voie à de nouveaux modèles de travail et d’architecture.

Trois générations de plateformes voient le jour.

La première génération de plateformes est est celle qui est constituée de larges communautés de clients auxquelles elle fournit directement des services ainsi que des contenus (p. ex., Uber, Amazon, PayPal, N26 ou encore les plateformes de services partagés de paiements ou de titres).

Avec la deuxième génération de plateformes, les utilisateurs partagent leurs propres contenus par l’intermédiaire de la plateforme (p. ex., Facebook, Instagram, YouTube, Strava ou encore LinkedIn).

Dans la troisième génération de plateformes, des communautés d’acteurs multiversants (alternativement contributeurs ou consommateurs) interagissent et se fournissent mutuellement des services (p. ex., Airbnb, Bitcoin, Kickstarter, Covoiturage.ca, Kijiji, ConnectBanking).

L’architecture des plateformes de troisième génération exploite de nouveaux paradigmes d’urbanisation qui découplent les usages de contribution, de consommation et de mise en relation. Une infrastructure d’hébergement basée sur une stratégie multinuage permet de déployer de larges volumes d’usages en temps réel.

Au cœur de l’écosystème technologique : les algorithmes et les données

Les technologies de l’intelligence et de la connaissance tirent profit des potentialités des nouveaux gisements de données à croissance exponentielle (mégadonnées). Cette explosion des données, couplée à un usage nouveau des algorithmes et de l’intelligence artificielle, dote les organisations de capacités d’exploration et de discernement renouvelées, qui leur permettent de découvrir de nouveaux territoires pour repenser leurs processus, leurs produits et leurs services. Le rôle de l’expert en science des données s’étend potentiellement à tous les rôles de la direction des services de l’information, par exemple pour les architectes qui utilisent la méthode du produit minimum viable (MVP) pour découvrir les meilleures pratiques et les actifs réutilisables afin de les mettre à la disposition des concepteurs et des développeurs (p. ex., la ConnectFactory).

Les technologies liées à l’intelligence artificielle (apprentissage machine, analytique avancée et appliquée), ou encore les technologies de l’informatique quantique irriguent tous les secteurs industriels ainsi que les sciences fondamentales. L’automatisation et la robotique donnent naissance à l’« automatisation intelligente », qui, couplée avec une approche « Lean Six Sigma »,permet d’identifier les chaînes de valeur automatisables. La robotique, renforcée par la puissance des nouveaux algorithmes, se positionne sur des terrains nouveaux, habituellement réservés à l’humain (p. ex., médecine, éducation, agriculture, restauration).

Au centre de ces technologies figure l’algorithmique (automatisation robotisée des processus, traitement automatique du langage naturel, codage pur), qui se veut le cœur de cette nouvelle intelligence numérique à l’œuvre, dont la synergie d’action avec l’intervention humaine est en recherche d’un nouvel équilibre.

L’intelligence supercollective

De son côté, l’intelligence « supercollective » est la nouvelle puissance du grand nombre, présente au sein d’organisations et de sociétés fonctionnant en vastes réseaux horizontaux stimulés par la technologie, où la diversité des collaborations et des agrégations stimule l’accélération de la création et du partage des connaissances et des compétences. Les fonctionnements qui requièrent plus d’écoute et d’échanges horizontaux sont embrassés par de nouvelles générations qui promeuvent le travail collaboratif connecté dans des espaces de travail numériques, ainsi que la création et la prise de décision collectives facilitées par le jeu vidéo sérieux, ou encore qui contribuent à la recherche par l’intermédiaire de l’innovation ouverte ou à de nouveaux modèles participatifs, notamment la production participative et le financement participatif.

La ConnectFactory : la transformation du système d’information à l’ère des écosystèmes.

Comme l’usine numérique, la ConnectFactory est une organisation au sein d’une organisation, qui déploie rapidement des projets orientés vers les usages selon des méthodologies agiles.

La ConnectFactory, véhicule de transformation des entreprises à l’ère des écosystèmes, déploie trois nouvelles pratiques disruptives : une nouvelle approche pour accélérer l’innovation dans le cadre des métiers et des approches inédites en matière d’urbanisation du système d’information et de repérage des talents.

La ConnectFactory accélère l’innovation dans le cadre des métiers par l’intermédiaire de l’excubation.

Outil au service de l’innovation, la ConnectFactory fournit aux domaines de travail des environnements techniques complets pour effectuer en toute liberté leurs itérations de prototypage et de produit minimum viable (MVP). Ce provisionnement d’environnement de développement complexe, qui inclut l’accès à tous les services du SI, porte le nom « excubation » et offre une plateforme dédiée aux expérimentations dans le cadre d’un métier. Ainsi dotés de cette plateforme complète fournissant notamment un accès aux applications dorsales, les acteurs des métiers sont libres d’expérimenter et de tester des cas d’utilisation innovants et porteurs de valeur (mode de test et apprentissage).

L’excubation exporte pour les métiers un sous-ensemble du SI qui comprend les technologies cibles basées sur le nuage, ce qui leur permet de créer avec les équipes de TI les nouveaux cas d’utilisation dont ils ont besoin, pour ensuite les mettre directement en production (développement, sécurité et exploitation).En informatique des métiers (ou informatique de l’ombre), l’excubation offre un nouveau cadre de référence architectural dans lequel s’inscrire et une liberté nouvelle, ce qui permet d’assurer la cohérence des innovations ainsi que leur éventuelle réintégration ou généralisation.

ecosystem-supercollective.

Lorsqu’ils prouvent leur valeur, ces cas d’utilisation innovants appliqués aux métiers et propulsés par l’excubation constituent des ressources, et possiblement des produits, qui peuvent être réutilisées ou généralisées pour d’autres parties prenantes de l’écosystème : autres équipes de direction au sein du métier, autres répartitions géographiques du groupe, partenaires technologiques (entreprises en démarrage, etc.).

Le processus d’excubation est suivi de celui d’incubation, c’est-à-dire la réinternalisation dans le SI des applicatifs éprouvés en relative autonomie à partir des plateaux agiles. Une cellule d’architecture dédiée identifie et homologue ces nouveaux « services-plateformes » à partir des projets de MVP qui ont prouvé leur valeur dans le métier concerné, et sécurise leur réutilisation et leur généralisation pour les besoins de l’écosystème.

Dans cette dynamique, le SI joue le rôle de « répertoire d’actifs », c’est-à-dire de plateforme-catalogue d’actifs réutilisables dans l’écosystème. L’excubation et l’incubation constituent le processus itératif d’urbanisation progressive du SI par transformation en ressources, ce qui passe par l’intégration dans le SI des MVP qui ont prouvé leur valeur. Le SI joue le rôle d’incubateur, qui focalise la transformation et l’investissement sur les utilisations qui apportent le plus de valeur.

Repérage et reconnaissance des talents

Une fois publiés dans le répertoire, les actifs logiciels jugés réutilisables et porteurs de valeur (MVP pour les métiers, classes d’objets informatiques, conceptions, etc.) sont distribués dans l’ensemble de l’écosystème technologique, y compris la direction du métier, le personnel réparti géographiquement ou les partenaires technologiques (entreprises en démarrage, etc.). Les noms et coordonnées des auteurs de ces actifs logiciels (développeurs, concepteurs, concepteurs d’expérience utilisateur, scientifiques des données, etc.) sont publiés, ainsi que les indicateurs de réutilisation de ces actifs. Il émerge ainsi naturellement de cette approche un mécanisme de reconnaissance publique des employés ou des partenaires ayant le plus contribué à la réutilisation des actifs et à la création de valeur.

Résilience et intégrité des écosystèmes

De nouveaux équilibres à favoriser

La prise en compte de la nécessaire durabilité des modèles économiques se conjugue avec la recherche d’une durabilité sociétale et environnementale. Dans ce temps nouveau, les organisations pensent à équilibrer le développement économique et l’empreinte positive sur les écosystèmes : soutien à la biodiversité ou aux bassins d’emploi, appui de la souveraineté numérique ou nationale/européenne maintien de la confidentialité des données ou protection contre les risques opérationnels ou de sécurité. (risques d’atteinte à la cybersécurité, risques de santé et alimentaires, risques systémiques dans le cadre de l’Internet des objets, des bâtiments intelligents ou des villes intelligentes, etc.).Leviers directs pour répondre à cette exigence, les nouvelles technologies et plateformes appuient efficacement la recherche de nouveaux équilibres entre les responsabilités, qui doivent désormais être favorisés et valorisés (p. ex. : notre offre ConnectBanking).

Cybersécurité

Face à l’augmentation démesurée du nombre d’attaques, de nouvelles plateformes technologiques de sécurité voient le jour. Des centres d’opérations de sécurité (SOC) orientés métiers de nouvelle génération voient le jour; ils permettent d’automatiser en temps réel la chaîne de valeur et la gestion du risque. Ces plateformes technologiques, conçues pour des cas d’utilisation opérationnelle ciblés, automatisent la saisie des connaissances en amont (renseignements sur les menaces), l’identification des vulnérabilités, la protection en cas de faille, la détection et l’alerte (CERT), ainsi que l’intervention en cas d’incident et la résolution (CSIRT), portées par des algorithmes d’intelligence artificielle faisant appel à l’apprentissage machine, ou l’exploitation de mécanismes de registre distribué (chaînes de blocs). Déployées en mode logiciel-service, ces plateformes sont dotées de capacités d’analyse (analytique avancée) et de visualisation graphiques (visualisation des données) pour fournir aux acteurs des métiers des outils de suivi en temps réel. Dans ce cas, la force démultiplicatrice du nombre est déterminée par l’évolutivité d’une plateforme exploitant de grands volumes de données (mégadonnées), et par les nouvelles puissances de calcul. Dans les années qui viennent, ces leviers technologiques accéléreront l’émergence d’une nouvelle économie post-numérique, l’ère des écosystèmes, pour de nouveaux modèles de travail porteurs d’un potentiel de valeur démultiplié.