Date de publication : 22 novembre 2019

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Innovation

Un mouvement artistique peut-il encore être avant-gardiste dès lors qu’il est compris par son public ou largement copié ? Un hipster est-il encore un hipster alors que ses modes de consommation et ses codes vestimentaires sont partagés par une part croissante de la population ? L’innovation est-elle encore innovante alors que de plus en plus d’entreprises l’ont intégrée dans leurs réflexions stratégiques ?

Les contours de l’innovation

Depuis peu, l’innovation s’est imposée comme un sujet majeur dans l’agenda des structures privées, comme publiques. Des réflexions, encore embryonnaires il y a quatre à cinq ans, se sont structurées, donnant naissance à des équipes, des événements, et même, des « laboratoires » dédiés. En un mot, l’innovation a pris du galon. Les directeurs de ces nouvelles entités sont désormais intégrés aux comités exécutifs des entreprises.

Cette généralisation peut être vue d’un bon œil. Elle prouve la volonté des acteurs à se renouveler et à aller de l’avant dans des contextes réglementaires, concurrentiels et sociétaux complexes et mouvants. Cependant, elle pose une question majeure. Parce que l’innovation est par essence différente, peut-elle réellement devenir mainstream ? A l’image d’un mouvement artistique ou d’une contre-culture, l’innovation est imitée. Dès lors, elle a l’impératif de sans arrêt se distinguer.

Cinq pistes de réflexion pour que l’innovation reste innovante

1. Renouveler et enrichir sa définiton

L’innovation est traditionnellement définie comme une invention technique, voire technologique, ayant trouvé son marché. La notion d’usage s’est peu à peu imposée et il est désormais communément accepté qu’une innovation doit également répondre à un vrai besoin. Cette définition doit être encore plus ambitieuse aujourd’hui et intégrer la notion d’impact. Demain, pour être qualifié d’innovant, un projet devra ainsi avoir des conséquences positives sur les hommes, le territoire et la planète.

2. Attirer davantage de moyens

Si l’innovation est avant tout une façon de faire et ne demande pas a priori de ressources financières, y consacrer davantage de moyens permet d’accéder à des ruptures plus importantes. Dans le cadre d’une démarche d’open innovation en interne, une boîte à idées physique, ou digitale, est un premier pas vers de nouvelles idées. Créer un programme d’intrapreneuriat et le piloter dans la durée demande d’autres investissements mais ouvre la voie à de véritables projets. Investir dans une start-up interne signifie des efforts encore plus conséquents mais créera peut-être un nouveau business model pour une entreprise.

3. Libérer, délivrer

Pour se renouveler, l’innovation doit aussi s’émanciper et ne pas être le fait de quelques sachants. Pour permettre à chacun d’innover, une entreprise doit offrir un cadre managérial adéquat. Les collaborateurs doivent être écoutés, rendus autonomes sur leurs façons de faire, et invités à mener de nouveaux projets. En d’autres termes, il ne suffit pas à une structure de créer une entité innovation pour être innovante. Il faut que son collectif soit innovant et que ses modes de fonctionnement soient participatifs, agiles et à même de favoriser la prise d’initiative.

4. Prendre corps

Pour être davantage partagée et diffusée au sein d’une organisation, l’innovation doit pouvoir être visible et préhensible pour les collaborateurs. C’est ainsi qu’elle s’incarne souvent physiquement dans des lieux qui peuvent être des « labs », des salles de créativité ou même des tiers-lieux censés provoquer des échanges avec des acteurs externes. Alors que les échanges sont de plus en plus digitaux, ces espaces ont une importance toute particulière et doivent faire l’objet d’une vraie réflexion sur leur usage, leur animation et même leur rentabilité.

5. Expérimenter de nouvelles méthodes

Enfin, l’innovation doit se renouveler d’un point de vue méthodologique. En se généralisant, le design thinking a ouvert la voie à des approches cousines et prometteuses. Le design fiction, et le design prospectif, en immergeant dans des situations de vie prenant place dans le futur, provoquent de vives émotions et facilitent des prises de position à long-terme. Le design system facilite, quant à lui, la compréhension de l’environnement global d’une entreprise et est particulièrement utile à une heure où ses concurrents les plus directs ne sont pas forcément dans son secteur. Le design circulaire, enfin, est particulièrement prometteur en termes d’impact puisqu’il invite à considérer chaque étape du cycle de vie d’un produit du point de vue des ressources qu’il recquiert . L’innovation et ses porteurs se doivent d’expérimenter ces nouvelles méthodes et ne pas se reposer sur leurs acquis.

Ces cinq pistes de réflexion ne sont ni exhaustives ni, par définition, figées. Elles invitent simplement chaque structure à ne pas se considérer « innovante » par défaut mais, au contraire, à tester sans arrêt de nouvelles choses et à mener ses propres expérimentations. Chaque démarche d’innovation est unique, en fonction des contraintes données (financières, culturelles, ou métier) mais aussi de ses objectifs.

En effet, l’innovation reste un moyen et non une fin. Elle ne doit donc pas être « intimidante » ou sacralisée. Elle est l’outil de tous, et doit permettre à chacun d’avancer et de préparer plus sereinement son avenir.

Auteur : Florent Gitiaux

Partner Innovation & Sustainability