qui veut du bœuf brésilien ?

21 janvier 2019

3min

Qui veut du bœuf brésilien ?

Entre clonages, organismes génétiquement modifiés, cultures intensives, et recours massifs aux pesticides ou autres engrais chimiques, certains pays, hors Union-Européenne, semblent avoir trouvé la parade.

« Avec bientôt huit milliards d’êtres humains, la planète a-t-elle véritablement assez de ressources pour nourrir toute la population ? »

Se pose alors la question de l’importation de ces aliments dans l’espace européen soumis, lui, à des lois sur l’agriculture et l’alimentation. L’an passé, la Commission Européenne a été confrontée à cette épineuse question, concernant l’importation de viandes bovines brésiliennes.

En avril 2018, une délégation de onze eurodéputés est partie en mission d’audit « agricole » au Brésil. Cette délégation avait pour objectif d’évaluer les nouvelles garanties sanitaires fournies par les autorités brésiliennes concernant l’importation de viandes bovines en France.

Depuis le dernier scandale de 2017 – le scandale « Carne Fraca » [1] – le Brésil a été boycotté par de nombreux pays (le Mexique, le Chili, la Chine et l’île de Hong Kong) qui ont suspendu toute importation de viande en provenance du Brésil, tandis que l’Union européenne (UE) a décidé, elle, d’interrompre uniquement les importations de viande issues des entreprises mises en cause dans la fraude sanitaire.

Un an après le scandale, la Commission Européenne a lancé un nouvel appel d’offres pour importer 70 000 tonnes de bœufs des quatre pays du Mercosur (le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay).

  • Ces pays ont même obtenu l’importation de 99 000 tonnes de bœufs en mettant en avant la nécessité d’une plus grande ouverture du marché européen.

Dans ce contexte, et pour s’assurer que les problèmes sanitaires ne se reproduiront pas avec le Brésil, la Commission Européenne a envoyé une délégation d’eurodéputés pour vérifier les garanties des autorités brésiliennes.

Sur place, les eurodéputés ont constaté que les mesures prises n’étaient pas conformes aux exigences européennes et que des problèmes sanitaires persistaient.

Michel Dantin, eurodéputé français et membre de la mission parlementaire, s’est dit « préoccupé » par la production excessive de viande au Brésil, qui s’élève à 1000 fois celle de la France.

  • Cette production de masse s’expliquerait notamment par le système agricole mis en place : les exploitations agricoles brésiliennes qui exportent ne reçoivent aucune aide publique et seule la massification permet des gains et des économies d’échelle.

Elevage intensif, bétail cloné… Depuis 2012, le Brésil est devenu le plus grand exportateur de viande bovine au monde, devant les Etats-Unis. Et l’agro-industrie du pays ne compte pas s’arrêter là : elle prévoit de doubler son cheptel, aujourd’hui estimé à 210 millions de bêtes, d’ici à 2025.

Pour accélérer la production, les bovins du Brésil sont élevés pour la plupart aux hormones ou aux sojas génétiquement modifiés et font même l’objet de clonage. Ces pratiques, encouragées par les autorités brésiliennes, sont à l’opposé de nos pratiques agricoles françaises.

Aujourd’hui, les onze eurodéputés n’ont pas encore pris leur décision concernant l’exportation en Europe par le Brésil de viandes bovines.

A l’heure où le projet d’accord de libre-échange entre l’UE et les quatre pays du Mercosur – le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay – est en cours de négociation, la Commission Européenne a tout intérêt à ne pas mettre la « charrue du mondialisme » avant les « bœufs du Brésil »…

Valentina Daliana

Stratégie opérationnelle