Rénovation énergétique du parc privé : atteindrons nous les objectifs fixés pour 2050 ?

La rénovation énergétique repose sur le triptyque propre à tout sujet de décarbonation : efficacité, sobriété et électrification des usages. Autrement dit, les bâtiments doivent mieux consommer, moins consommer et leur source d’énergie doit provenir de l’électricité (ce dernier point est spécifique aux pays producteurs d’électricité décarbonée).

Malgré les incitations financières et le durcissement des règlementations, dans quels mesure les dispositifs déployés par la France permettent-ils d’atteindre les objectifs de décarbonation ?

Après un hiver aux conditions météorologiques exceptionnellement rudes et à une hausse des prix de l’énergie, les factures de chauffage des Français ne cessent de croître en 2024. Le secteur du logement représente à lui seul 45% de la consommation d’énergie française, provenant principalement à l’usage chauffage. La hausse généralisée des prix de l’énergie des dernières années a engendré une augmentation de la part des ménages ayant souffert du froid au cours de l’hiver pour atteindre 26% en 2023 (contre 22% en 2022) selon les chiffres de l’ONPE (Observatoire National de la Précarité énergétique).

La France est donc confrontée à des enjeux complexes liés à la consommation énergétique de ses bâtiments. La nécessité de maintenir des températures intérieures agréables tout en minimisant la consommation d’énergie est au cœur des préoccupations notamment lorsque les conditions météorologiques se durcissent.

État des lieux et taille du chantier

En France, les 30 millions de résidences principales présentent une faible performance énergétique avec une consommation moyenne de 240 kWh/m²/an. Une grande majorité de ces bâtiments a été construite avant la première règlementation thermique de 1975 dont les normes en matière d’efficacité énergétique étaient bien moins strictes qu’aujourd’hui. En conséquence, bon nombre de ces structures souffrent d’un manque d’isolation adéquate et dépendent encore largement de combustibles fossiles pour le chauffage, avec 39 % fonctionnant au gaz et 12 % au fioul.

Parmi les 37 millions de logements, environ 7 millions sont des « passoires thermiques », c’est-à-dire que leur Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est compris entre F et G. Dans ces habitations, la consommation énergétique est d’au moins 450 kWh/m²/an. Une telle inefficacité contraste fortement avec les normes de construction actuelles, qui avoisinent les 50 kWh/m²/an.

Il convient de rappeler que seul 5 % du parc immobilier français peut être considéré comme peu énergivore (compris entre A et B) d’où la nécessité pressante de prendre des mesures pour améliorer l’efficacité énergétique de la grande majorité des logements français.

Ma Prime Rénov’ et Mon Accompagnateur Rénov’

Depuis le début des années 2000, les propriétaires peuvent financer la rénovation de leurs biens grâce à divers dispositifs et avantages fiscaux, tels que les certificats d’économies d’énergie (CEE) et les éco-prêts à taux zéro (éco-PTZ). Ces mécanismes ont été rendus plus accessibles pour surmonter les contraintes de liquidité freinant les travaux.

En effet, une enquête de l’ADEME menée en 2018 montre qu’une tendance notable a émergé en France de 2014 à 2016 : 5,1 millions de ménages ont pris l’initiative d’entreprendre des travaux de rénovation investissant en moyenne 11 750 € dans leurs projets.

Le lancement de Ma Prime Rénov’ en 2020 a marqué un tournant avec une enveloppe budgétaire record de 8,6 milliards d’euros pour aider les ménages modestes. Près de 2 millions de logements ont été rénovés. Malgré une satisfaction de 89 % des bénéficiaires, seuls 10 % des rénovations ont eu un impact énergétique significatif, la majorité étant des rénovations mono-gestes.

Pour améliorer l’efficacité des rénovations, le gouvernement conditionne désormais les subventions à l’obtention de la meilleure performance énergétique possible. Un accompagnement obligatoire par des tiers agréés a été mis en place pour optimiser les gains énergétiques et la dépense publique. Les budgets de Ma Prime Rénov’ sont réorientés vers les rénovations globales transformant intégralement les logements en espaces éco-énergétiques.

Rythme des rénovations et capacités du secteur à répondre aux besoins du marché

Le secteur du bâtiment génère 166 milliards d’euros et emploie 1,7 million de personnes, soit environ 100 000 euros par travailleur. Pour rénover 90 millions de m² par an à quelques centaines d’euros par m², il faudra former et recruter plusieurs centaines de milliers de travailleurs supplémentaires passé de 60 000 à 700 000 rénovations globales par an comme le recommande l’ADEME.

Faire payer les propriétaires ou augmenter les subventions ?

L’augmentation des subventions est une tendance qui se confirme pour les ménages les plus modestes mais les particuliers devront encore financer une part importante de la rénovation de leurs logements. Bien que les subventions puissent atteindre plusieurs milliers d’euros, les rénovations globales coûtent environ 1 000 euros par mètre carré, un montant souvent trop élevé pour beaucoup de ménages.

Pour accélérer le rythme des rénovations, le gouvernement a voté l’interdiction de renouveler la location des logements classés E, F ou G à partir de 2025. Cette mesure, qui concerne 43 % du parc locatif privé, cible principalement les propriétaires bailleurs. Une étude de l’INSEE montre que 24 % des ménages sont multipropriétaires et possèdent 68 % des logements en France. Cette politique vise à équilibrer la responsabilité de la rénovation énergétique : subventions pour les ménages modestes et incitations réglementaires pour les propriétaires bailleurs plus aisés.

Électrification des usages 

L’accent mis sur l’électrification des usages présente d’autres difficultés et nécessite un renforcement parallèle de la capacité de production électrique. Sans développement significatif des énergies renouvelables et de la filière nucléaire, la France pourrait rencontrer des problèmes de stabilité du réseau électrique et serait contrainte d’augmenter involontairement sa dépendance aux combustibles fossiles.

L’adoption généralisée de technologies électriques comme les pompes à chaleur peut également engendrer des pics de consommation, notamment en période hivernale, mettant le réseau électrique sous forte tension. Cela est d’autant plus crucial que certaines régions, moins dotées en infrastructures adaptées, pourraient être disproportionnellement impactées, exacerbant les disparités régionales face à cette transition énergétique.

Cette situation exige donc des investissements conséquents dans l’infrastructure électrique, non seulement pour répondre à la demande croissante, mais aussi pour garantir une distribution d’énergie efficace et équilibrée sur tout le territoire.

Valeur verte

Dans les années à venir, la performance énergétique et l’impact environnemental d’un bien immobilier, communément appelés sa « valeur verte », joueront un rôle crucial dans le marché immobilier. Le renforcement des législations en matière d’efficacité énergétique rend déjà les biens non conformes moins séduisants sur le marché.

À l’inverse, les propriétés qui excellent en performance énergétique se démarquent non seulement par une valeur de revente élevée mais aussi par leur conformité aux normes de location, ce qui les rend particulièrement prisées par les investisseurs immobiliers.

Onepoint est à vos côtés pour une transformation vertueuse

L’essor de la rénovation énergétique génère une quantité de croissante de données. La création d’une base de données énergétiques conséquente est un pas essentiel vers une meilleure anticipation des besoins en énergie permettant une optimisation des solutions déjà existantes telles que l’effacement ou le report de certains usages sur des périodes de faible demande.

Plus que jamais, les collectivités, les énergéticiens et les entreprises auront besoin d’être accompagnés pour réussir la décarbonation du parc immobilier et atteindre les objectifs ambitieux fixés par la Stratégie Nationale Bas Carbone. Onepoint accompagne l’ensemble de ces acteurs dans le déploiement d’outils de suivi de consommation énergétique de parcs immobilier, dans la définition de feuilles de route de décarbonation et dans la nécessaire adaptation des acteurs de l’énergie pour tendre vers un mix à faibles émissions.

Auteur : Victor Rivière

Consultant Project Management