Date de publication : 22 novembre 2019

Temps de lecture estimé :  8 min

Stratégie IT

L’émergence de nouvelles technologies met en mouvement les écosystèmes économiques, sociaux ou environnementaux, faisant émerger, au-delà de la seule performance, une attente de soutenabilité et de sens. C’est l’ « ère des écosystèmes » et de son outil, la plateforme.

Ces plateformes mobilisent des leviers innovants tels que l’algorithmie ou l’intelligence supercollective et soulèvent de nouveaux enjeux, tels que la cybersécurité.

L’ère des écosystèmes

La technologie est le cœur de la transformation des entreprises et des acteurs publics.

Les ruptures technologiques successives ont bouleversé l’économie mondiale. Elles ont restructuré les marchés et les industries, refondu les stratégies de génération de valeur et de différenciation, transformé les emplois et compétences, les pratiques de travail, les cultures d’entreprise.

Une dynamique est à l’œuvre où la technologie est le moteur, avec encore plus d’évidence que lors des révolutions industrielles précédentes, d’une part décisive de la croissance économique. Versatile et ubiquitaire, la technologie augmente l’expérience, accélère les interactions et collaborations, identifie et explore un nouveau champ des possibles.

Issue de la plateformisation des services, une nouvelle économie post-digitale apparaît. Elle développe ses propres marchés et stimule l’offre et la demande en tirant profit de larges effets de réseau(*). C’est l’« ère des écosystèmes », où les plateformes mettent en mouvement des collectifs inédits et démontrent leur empreinte positive sur les écosystèmes économiques, sociaux ou environnementaux, répondant à une attente de soutenabilité et de sens.

La plateformisation des services

L’ère des écosystèmes est le produit de la « plateformisation des services », c’est-à-dire l’action d’une « plateforme », outil de création et d’émulation des écosystèmes et de ses communautés, ouvrant la voie à de nouveaux modèles métiers et d’architecture.

Trois générations de plateformes voient le jour.

La première génération de plateformes est celle qui constitue ses larges communautés de clients auxquels elle fournit directement des services ainsi que des contenus (ex : Uber, Amazon, Paypal, N26 ou encore les plateformes de types « shared Services » (ex : Payment, titres, …).

Avec la deuxième génération de plateformes, les utilisateurs partagent leurs propres contenus via la plateforme (ex : Facebook ou instagram, youtube, Strava ou encore linkedIn).

Dans la troisième génération de plateformes, des communautés d’acteurs multi-versants (alternativement contributeurs ou consommateurs), interagissent et se fournissent mutuellement des services (ex : airbnb, Bitcoin, kickstarter, blablacar, le bon coin, connectBankingÓ)

L’architecture des plateformes de troisième génération exploite de nouveaux paradigmes d’urbanisation qui découplent les usages de contribution, de consommation et de mise en relation. Une infrastructure d’hébergement basée sur le multi-cloud permet de déployer de larges volumes d’usages en temps réel.

Au cœur de l’écosystème technologique : l’algorithme et la donnée

Les technologies de l’intelligence et de la connaissance tirent profit des potentialités des nouveaux gisements de données à croissance exponentielle (Big Data). Cette explosion de la donnée, couplée à un usage nouveau de l’algorithme et de l’intelligence artificielle, dote les organisations de capacités d’exploration et de discernement nouvelles, leur permettant de découvrir des territoires neufs pour repenser leur processus, produits et services. Le rôle du Data Scientist s’étend potentiellement à tous les rôles de la DSI, par exemple pour les architectes qui explorent les MVP pour découvrir les meilleures pratiques et les actifs réutilisables, pour les mettre à disposition des concepteurs et des développeurs (cf connectFactory).

Les technologies liées à l’intelligence artificielle (machine learning, Advanced and Applied Analytics), ou encore des technologies de l’informatique quantique (quantum computing) irriguent tous les secteurs industriels ainsi que les sciences fondamentales. L’automatisation et la robotique donnent naissance au « smart automation », qui, couplé avec une approche Lean Six Sigma, permet d’identifier les chaînes de valeur automatisables. La robotique renforcée par la puissance des nouveaux algorithmes se positionne sur des terrains nouveaux, habituellement réservés à l’humain (médecine, éducation, agriculture, restauration, …)

Au centre de ces technologies figure l’algorithmie (RPA, NLP, pure coding), cœur de cette nouvelle intelligence numérique à l’œuvre, dont la synergie d’action avec l’intervention humaine est en recherche d’un nouvel équilibre.

L’intelligence supercollective

De son côté, l’intelligence « supercollective » est la nouvelle puissance du grand nombre, au sein d’organisations et sociétés fonctionnant en réseaux horizontaux étendus activés par la technologie, où la diversité des collaborations et agrégations forge une accélération de la création et du partage des savoirs et des savoir-faire. Les fonctionnements qui requièrent plus d’écoute et d’échanges horizontaux sont embrassés par de nouvelles générations qui pratiquent le co-working connecté dans des Digital Workplaces, la création et décision collective facilitées par le Serious Gaming, ou encore qui contribuent à la recherche via l’open innovation ou à de nouveaux modèles participatifs de type crowd-sourcing ou crowd-funding.

La ConnectFactory : la transformation du SI à l’ère des écosystèmes.

Comme la Digital Factory, la ConnectFactory est une organisation au sein d’une organisation, déployant rapidement des projets orientés usages selon des méthodologies agiles.

La ConnectFactory, véhicule de transformation des entreprises à l’ère des écosystèmes, déploie trois nouvelles pratiques disruptives : une nouvelle approche pour accélérer l’innovation métier, et des approches inédites d’urbanisation du SI et d’identification des talents.

La ConnectFactory pour accélérer l’innovation métier : l’excubation.

Outil au service de l’innovation, la Connect Factory fournit aux métiers des environnements techniques complets leur permettant d’effectuer en toute liberté leurs itérations de prototypage / MVP. Ce provisionning d’environnement de développements riches qui inclus l’accès à tous les services du SI, processus appelé excubation, est une mise à disposition de plateforme dédiée aux expérimentations métier. Ainsi dotés de cette plateforme complète ayant accès y compris aux back-end, les métiers peuvent expérimenter en toute liberté et tester les cas d’usages innovants porteurs de valeur (mode « Test & Learn »).

L’excubation exporte pour les métiers un sous-ensemble du SI incluant les technologies cibles basées sur le cloud, leur permettant de créer avec les équipes IT les nouveaux cas d’usages dont ils ont besoin, jusqu’à les mettre directement en production (DevSecOps). L’excubation offre à l’informatique des métiers (« shadow IT ») un nouveau cadre de référence architectural dans lequel s’inscrire et une liberté nouvelle, permettant la mise en cohérence et la possible ré-intégration / généralisation à venir de ces innovations.

L’urbanisation du SI par « assetisation » : l’incubation et le store

Lorsqu’ils prouvent leur valeur, ces cas d’usages métiers innovants accélérés par l’excubation sont des « assets », possiblement des « produits », qui portent un potentiel de réutilisation / généralisation pour d’autres parties prenantes de l’écosystème : d’autres directions métier, d’autres géographies au sein du groupe, des partenaires technologiques (start-ups, …).

Au processus d’excubation, succède celui d’incubation, c’est-à-dire la ré-internalisation dans le SI des applicatifs expérimentés en relative autonomie depuis les plateaux agiles. Une cellule d’architecture dédiée identifie et homologue ces nouveaux « services plateformes » à partir des projets MVP qui ont prouvé leur valeur métier, et sécurisent leur réutilisation et généralisation pour les besoins de l’écosystème.

Dans cette dynamique, le SI joue le rôle d’« asset store », c’est-à-dire de plateforme d’exposition à l’écosystème d’un catalogue d’actifs réutilisables. L’excubation / incubation est le processus itératif d’urbanisation progressive du SI par assetisation, à travers l’intégration dans le SI des MVP qui ont prouvé leur valeur. Le SI joue le rôle d’incubateur, qui focalise la transformation et l’investissement sur les usages les plus porteurs de valeur.

L’identification et la reconnaissance des talents

Publiés dans le store, les actifs logiciels jugés réutilisables et porteurs de valeur (mvp métiers, classes d’objets informatiques, designs, …) sont distribués à l’ensemble de l’écosystème technologique, incluant directions métier, géographies ou partenaires technologiques (start-ups, …). Les noms et coordonnées des auteurs de ces actifs logiciels (les développeurs, concepteurs, UX Designers, Data Scientists, …) sont publiés, ainsi que les indicateurs de réutilisation de ces actifs. Emerge ainsi naturellement de cette approche, un mécanisme de reconnaissance publique pour ceux des employés ou partenaires ayant le plus contribué à la réutilisation et à la création de valeur.

La résilience et l’intégrité des écosystèmes

De nouveaux équilibres à nourrir

La prise en compte de la nécessaire durabilité des modèles économiques se conjugue avec la recherche d’une soutenabilité sociétale et environnementale. Dans ce temps nouveau, les organisations pensent le développement économique au sein d’équilibres qui valorisent leur empreinte positive sur les écosystèmes : soutien à la biodiversité ou aux bassins d’emploi, appui à la souveraineté numérique ou nationale / européenne, sauvegarde de la confidentialité des données, ou protection face aux risques opérationnels ou de sécurités. (risques de cybersécurité, risques santé et alimentaire, risques systémiques dans le cadre de l’internet des objets, des bâtiments intelligents / villes intelligentes, …). Leviers directs au service de cette exigence, les nouvelles technologies et plateformes servent efficacement la recherche de nouveaux équilibres responsables, qu’il s’agit désormais de nourrir et de valoriser (ex : connectBanking).

La cybersécurité

Face à l’inflation démesurée du nombre des attaques, de nouvelles plateformes technologiques de sécurité voient le jour. Des nouvelles générations de SOC (Security Operation Center) orientés métier se créent, qui permettent d’automatiser en temps réel la chaîne de valeur de la gestion du risque. Ces plateformes technologiques, conçues pour des cas d’usages métiers focalisés, automatisent la capture de connaissance en amont (Threat Intel), l’identification des vulnérabilités la protection des failles, la détection et alerte (CERT), ainsi que la réponse (CSIRT) et remédiation des incidents, portés par des algorithmes d’intelligence artificielle de type Machine Learning, ou encore exploitant des mécanismes de type Distributed Ledgers (blockchains). Déployées en mode SaaS, ces plateformes sont dotées de capacités d’analyse (Advanced Analytics) et de visualisation graphiques (DataViz) pour fournir aux métiers des outils de suivis temps réel. Dans ce cas, la force démultiplicatrice du nombre est portée par la scalabilité d’une plateforme exploitant les larges volumes de données (Big Data) et les nouvelles puissances de calcul.

Dans les années qui viennent, ces cinq leviers technologiques accélèreront l’émergence d’une nouvelle économie post-digitale, l’ère des écosystèmes, pour de nouveaux modèles métiers porteurs d’un potentiel de valeur démultiplié.

Auteur : Julien Soyer

Partner, Industrie, Distribution, Energie, Tech advantage, Achitecture