13 septembre 2019

6min

Banque : tourner l’Open Banking à son avantage

Les banques de détail européennes font maintenant face à un contexte difficile : l’émergence des Fintech devenues trop importantes pour être rachetées, de nouvelles réglementations, l’arrivée potentielle des GAFA dans leur secteur, etc. Selon Gartner, 80% des banques n’existeront plus d’ici 2030, si elles ne se transforment pas[1].

La culture data driven doit être au cœur de cette transformation nécessaire. En pratique, c’est la qualité et la disponibilité de leurs données et la capacité à les analyser qui départageront les banques qui réussissent et celles qui restent dans l’ombre. Néanmoins, l’Open Banking reste souvent déconnecté des programmes de transformation data-driven des banques.

L’Open banking, une complexité pour la survie de la banque traditionnelle

L’entrée en vigueur de la Deuxième directive européenne sur les services de paiement (DSP2), oblige maintenant les établissements bancaires à rendre accessibles les données de leurs clients, sous condition de leur accord, à des acteurs tiers. Par conséquent, les acteurs bancaires voient souvent l’Open Banking comme une perte de contrôle des informations dont ils étaient historiquement les seuls propriétaires. Ce sont les Fintechs qui semblent gagner un avantage en accédant aux données bancaires.

Les banques peuvent tourner l’Open Banking à leur avantage

Toutefois, nous pensons que si les banques mettent en place une stratégie adéquate, l’Open Banking se révélera comme une opportunité de transformation salvatrice. Avec l’Open Banking, les banques, elles aussi, peuvent avoir accès aux données générées par les activités d’autres acteurs et avoir un aperçu complet des finances de leurs clients et une meilleure compréhension de leur comportement et de leurs habitudes de consommation. En outre, le croisement des données des différentes sources permettra de multiplier les possibilités de lutter contre la fraude, de fournir de nouveaux produits et services, etc.

Pour réussir cette transformation, les banques doivent tout d’abord adopter une culture Data Driven

En développant leurs programmes d’Open Banking, de nombreuses banques innovent à minima, en se focalisant sur les services financiers qui correspondent à leurs offres actuelles ou qui conviennent à des exigences de DSP2. En plus, de nombreuses banques mettent l’accent sur l’IT et prêtent trop peu d’attention à la construction du business model. Et enfin, très souvent l’Open Banking est perçu comme une API, mais les API ne constituent qu’un élément technologique de l’écosystème de l’Open Banking.[1]

Pourtant, afin de véritablement valoriser les opportunités de l’Open Banking, les banques doivent au préalable réadapter leurs stratégies autour de la Data, ce qui leur ouvrira des choix stratégiques viables.

Nous voyons l’émergence de différents axes stratégiques, toujours impérieusement connectés à la culture Data.

Intégration de données tierces pour renforcer les services actuels :
Plusieurs banques françaises proposent aujourd’hui leurs propres agrégateurs de comptes (une possibilité d’ajouter des comptes externes). Ce type de service met les banques en mesure d’analyser en profondeur le comportement du client sur ses propres comptes, mais aussi sur ceux des concurrents. La banque peut donc proposer des offres enrichies sous deux angles :

  • Financier : catégorisation des dépenses en fonction de leur nature, outils de gestion budgétaire, etc.
  • Extra-financier : par exemple, choix d’un futur bien immobilier ou d’un service de déménagement

Cette stratégie ne peut fonctionner que pour les banques qui ont déjà une culture établie de la collecte, de l’organisation, de stockage et du traitement des données, couplée avec la capacité de les analyser. Ici, l’analyse prédictive sera un facteur de différenciation pour obtenir un avantage concurrentiel en termes de compréhension des futurs besoins des clients, dont ces derniers ne sont peut-être même pas conscients. Par conséquent, les banques auront besoin de spécialistes Data : data scientists, data engineers, data architects etc., des rôles qui sont rares et difficiles à pourvoir.

Mise à disposition de produits bancaires à d’autres établissements bancaires :

À l’aide des APIs, les banques peuvent proposer leurs produits directement sur les plateformes des autres banques, des établissements de paiement ou des fintechs. Encore une fois, la forte culture Data sera primordiale car les banques doivent garantir que :

  • Le partage des données se fera en toute sécurité
  • La qualité des données est impeccable
  • Les exigences du RGPD (le règlement général sur la protection des données personnelles) sont respectées
  • Les données sont analysées continuellement afin d’améliorer les produits et services, etc.

Afin de rassurer les partenaires et leurs clients, la banque doit installer une forte gouvernance des données : un ensemble des processus pour encadrer la collecte de données et leur utilisation, assurer leur disponibilité, sécurité, qualité, etc.

Intégration de services financiers :

Contrairement à la stratégie précédente, les banques s’appuient sur leur infrastructure et base de clients, pour héberger des produits d’autres établissements financiers. Par exemple, N26, la banque en ligne allemande, après avoir développé certains de ces propres produits et services (ex. compte courant), propose aujourd’hui une variété des produits bancaires via ses partenaires : compte épargne par Raisin, crédit à la consommation par Younited credit, etc.

Dans cette stratégie, toutes les données incorrectes venant des partenaires, vont avoir un impact fort sur la réputation de la banque. C’est pourquoi, la banque doit définir des règles de partage pour assurer la qualité et la sécurité des données sur ces plateformes. Et donc, une gouvernance des données établie est primordiale pour pouvoir gérer ces partenariats.

Développement d’une plateforme de services financiers et non-financiers :

WeChat, à la base un réseau social mobile chinois, s’est progressivement transformé en une plateforme titanesque agrégeant différents services en ligne consommées au quotidien. N’étant pas à l’origine de tous ces services, WeChat offre une intégration pour la plupart des applications chinoises donnant accès à des transactions tels que paiements, prise de rendez-vous médical, partage de vélo, gestion de cartes bancaires, réservation de taxis, réalité virtuelle, assurance, etc.

À part être une source d’inspiration potentielle pour les banques, cet acteur est une grande menace potentielle : Bloomberg[2]estime que les banques auront perdu $43 milliards en revenu par ansi les applications de paiement mobiles deviennent aussi populaires aux US, qu’en Chine.

Mais les banques, soumises à davantage de régulations que ces acteurs çi, pourront-elles adopter une telle stratégie ? La réponse réside encore dans leur capacité à se transformer rapidement vers une culture Data driven.

Indépendamment des choix quant à la stratégie d’Open Banking, 2 prérequis doivent être assurés : gouvernance des données, capacité de data analytics.

Notre expérience nous apprend que les acteurs qui se lancent dans de nouveaux modèles d’affaires comme ceux rendus possibles grâce à l’Open Banking, sans avoir de gouvernance des données et de capacité de data analytics suffisamment cadrés en amont, font face à des échecs retentissants.

La gouvernancedes données permettra d’avoir accès à des données de qualité permettant auxprocessus de collecte et d’utilisation des données d’assurer disponibilité, sécurité, utilisabilité etc. Cette gouvernance doit être imposée et surveillée par les dirigeants de l’entreprise avec la participation de toutes les parties prenantes et des métiers.

D’autre part, mettre en place une capacité de data analytics va souvent au-delà de choix technologiques. L’organisation, la gestion des compétences, le recrutement de spécialistes, le fonctionnement avec les métiers et l’IT sont autant de sujets qui doivent être abordés.

[1] https://www.bcg.com/fr-fr/publications/2018/retail-banks-must-embrace-open-banking-sidelined.aspx
[2] https://www.bloomberg.com/news/videos/2019-05-09/u-s-banks-are-terrified-of-chinese-payment-apps-video
[3] https://www.bloomberg.com/news/videos/2019-05-09/u-s-banks-are-terrified-of-chinese-payment-apps-video

onepoint

beyond the obvious