CES 2026: Les 5 points à retenir
Chaque année, le CES offre une lecture assez fidèle de l’état réel de l’industrie des technologies. L’édition 2026 ne fait pas exception.
Sans surprise, l’intelligence artificielle est au cœur des annonces, avec une évolution notable : on ne parle plus seulement de modèles ou de capacités théoriques, mais de systèmes capables d’agir, d’orchestrer et d’exécuter.
Le mobile, longtemps au centre des récits d’innovation, quant à lui brille par son absence. Les lancements marquants se font rares, et l’app ou l’écran ne sont plus au premier plan et sont remplacés par de nouveaux engins qu’on porte sur soi (« wearables ») comme des bagues, des lunettes ou des montres.
Dans ce contexte, le CES 2026 met en lumière des changements concrets dans la façon de concevoir les produits, les plateformes et les expériences numériques.
Voici les cinq éléments qui retiennent particulièrement notre attention.
1. L’IA devient transparente
Au CES 2026, les annonces liées à l’IA ne portent presque jamais sur des fonctionnalités isolées. Chez Nvidia, AMD et Intel, le discours se concentre sur la puissance de calcul, l’optimisation énergétique et la capacité à faire fonctionner des charges IA lourdes en continu.
Les présentations insistent sur la performance à l’échelle, sur la stabilité des plateformes et sur leur capacité à soutenir des usages en production. L’IA est décrite comme une brique fondamentale, au même titre que le cloud ou le réseau, et non comme une innovation ponctuelle.
Ce qui ressort du CES, ce n’est pas ce que l’IA peut faire, mais comment elle peut être opérée dans la durée. Les acteurs parlent d’infrastructure, de coûts, de disponibilité et de fiabilité. Cela traduit clairement un passage de l’expérimentation à l’industrialisation.
Mais attention : industrialiser l’IA ne garantit pas automatiquement la création de valeur. Plusieurs acteurs insistent sur la robustesse des plateformes, mais beaucoup plus rarement sur la capacité des organisations à transformer cette puissance en gains concrets, mesurables et durables. Le CES 2026 montre que l’infrastructure est prête. La valeur, elle, reste à construire.
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2. L’agentique pleinement intégrée
*Le CES 2026 marque un changement notable dans la manière dont l’agentique est présentée. Le sujet n’est plus traité comme une vision future, mais comme une capacité intégrée aux produits.
Chez Amazon, Alexa+ est décrite comme un système capable d’enchaîner plusieurs actions à partir d’une seule demande. Le discours met l’accent sur l’exécution, pas seulement sur la compréhension du langage. L’assistant est présenté comme capable d’agir dans différents services plutôt que de se limiter à une interaction conversationnelle.
Du côté de Microsoft et Google, les annonces insistent sur des agents capables d’orchestrer des tâches entre plusieurs outils. Les capacités d’IA sont présentées comme des éléments transversaux, capables d’intervenir dans différents contextes sans être redéveloppés à chaque fois.
Ce que montre le CES 2026, c’est que l’agentique est désormais pensée comme une couche d’exécution. Les acteurs parlent de systèmes qui agissent, qui déclenchent et qui coordonnent, et beaucoup moins d’assistants qui se contentent de suggérer.
3. Le mobile au deuxième plan
L’un des constats les plus frappants du CES 2026 concerne le mobile. Les annonces liées aux smartphones sont rares et peu mises en avant. Les keynotes et communiqués majeurs parlent très peu de nouvelles expériences centrées sur l’app ou l’écran.
Chez Samsung et Qualcomm, le discours ne porte pas sur le smartphone comme produit vedette, mais sur l’IA embarquée, l’edge computing et la continuité entre appareils. Le mobile est présent comme support, mais il n’est pas présenté comme le lieu principal de l’innovation.
Ce silence est révélateur. Le CES 2026 montre que le téléphone intelligent n’est plus l’objet autour duquel se construit le récit technologique. Il reste un point d’accès clé, mais il est abordé comme un élément d’un ensemble plus large.
Ce déplacement apparaît clairement dans la façon dont les acteurs parlent de leurs écosystèmes. Le mobile est mentionné comme un point de contrôle ou de validation, rarement comme le cœur de l’expérience.
4. Vers une IA fédératrice
Un autre enseignement ressort nettement des discours tenus au CES 2026. Les grands acteurs parlent beaucoup moins de produits pris individuellement et beaucoup plus de plateformes capables de supporter plusieurs usages.
Chez Microsoft, les annonces autour de l’IA insistent sur une intégration transversale dans l’ensemble de l’écosystème. Les capacités sont présentées comme accessibles depuis plusieurs environnements, plutôt que comme des ajouts spécifiques à un produit.
Chez Google, le même glissement est visible. Les présentations mettent l’accent sur des environnements unifiés, où les modèles, les données et les capacités d’orchestration sont partagés entre différents usages.
Du côté de Amazon, Alexa+ est explicitement décrite comme une couche capable d’agir à travers plusieurs services et supports. L’accent n’est pas mis sur un appareil ou une interface, mais sur la capacité de la plateforme à relier différents contextes.
Ce qui ressort du CES 2026, c’est que la valeur est de plus en plus associée à ces bases communes. Les produits deviennent des points d’entrée visibles d’une même plateforme, plutôt que des entités indépendantes.
Toutefois, une plateforme commune ne garantit pas automatiquement une interopérabilité réelle. Plusieurs annonces mettent en avant des environnements intégrés, mais la capacité à faire dialoguer des systèmes hétérogènes, hérités ou externes demeure un défi majeur. Le CES 2026 montre l’intention claire des grands acteurs, mais la mise en œuvre concrète reste un chantier complexe pour les organisations.
5. La robotique au service de l’IA
On remarque aussi que l’intelligence artificielle ne se limite plus aux interfaces numériques. Elle commence à agir directement dans le monde physique. La robotique devient ainsi une extension naturelle de l’IA et de l’agentique, plutôt qu’un segment à part.
Plusieurs annonces vont dans ce sens. Chez LG, des robots humanoïdes comme CLOiD sont présentés comme des agents capables d’interagir avec leur environnement et d’exécuter des tâches concrètes. Du côté de Unitree, les démonstrations mettent en avant des robots capables de se déplacer et de s’adapter à des environnements non contrôlés, illustrant une IA orientée action plutôt que simple assistance.
Le salon montre aussi une robotique plus pragmatique, souvent non humanoïde. Robots industriels autonomes, robots aspirateurs à pattes ou plateformes spécialisées privilégient l’efficacité et l’adaptation aux contraintes du réel.
Cette évolution est étroitement liée aux progrès des algorithmes. Avec des plateformes comme Rubin chez Nvidia, l’IA est entraînée et simulée dans des environnements physiques réalistes. Elle apprend à composer avec la gravité, les frictions et l’imprévu, et pas seulement avec des données abstraites.
Ce que révèle le CES 2026, c’est une IA qui sort du cadre numérique pour agir dans le monde tel qu’il est. Une évolution prometteuse, mais qui pose déjà une question stratégique centrale : quand l’IA agit physiquement, où se situe la responsabilité et comment garantir la confiance à grande échelle?
Le CES 2026 n’a pas cherché à créer l’effet de surprise. Il a plutôt montré que l’industrie qui consolide ses fondations. L’IA est abordée comme une infrastructure, l’agentique est présentée comme une capacité opérationnelle, les plateformes prennent le pas sur les produits isolés et le discours général autour de l’IA gagne en maturité.
Pour notre industrie, ces signaux sont clairs. Ils indiquent un déplacement durable vers des systèmes plus intégrés, plus orchestrés et pensés pour fonctionner dans la durée, bien au-delà de la simple démonstration technologique.