Adaptation au changement climatique : quelle place pour le numérique ?

Pour appuyer cet immense défi qui concerne chacune et chacun, le secteur public comme le secteur privé, le numérique a un rôle essentiel à jouer. L’adaptation passe par la compréhension des enjeux, l’évaluation de scenarios permettant d’évaluer et de définir des stratégies, mais aussi une collaboration entre les acteurs.

Sur tous ces aspects, la donnée constitue un levier incontournable, au potentiel technologique autant que sociétal.

La France à +4°C est dans tous les esprits. Des événements climatiques extrêmes plus intenses et fréquents se profilent, avec leur cortège de catastrophes, et des impacts sur les écosystèmes, les infrastructures, les entreprises et les populations. Dans leur enquête de Janvier 2024, « Les Français et l’adaptation au changement climatique » pour le Ministère de la Transition Ecologique et de la Cohésion Territoriale, Toluna et Harris Interactive pointent que 86% de la population est inquiète du changement climatique. Du coté des pouvoirs publics, une nouvelle version du Plan National d’Adaptation au Changement Climatique est prévue pour l’été. Il doit permettre de dessiner des mesures préventives pour pérenniser les infrastructures et les structures commerciales, mais aussi anticiper et faciliter les prises de décisions.

Des enjeux de collecte et de mise en forme pour une vision pertinente

Comme l’exprime très clairement le Secrétariat Général à la Planification Ecologique dans sa Feuille de route Numérique et Données pour la Planification écologique, « l’adaptation est l’un des éléments majeurs de la transition écologique pour lequel l’anticipation et le partage d’information, et donc le numérique et les données, jouent un rôle clé ». Celles-ci sont de 3 temporalités : celles du passé, issues d’observation ; du présent, issues de capteurs IoT (Internet of Things) qui donnent une information en temps réel ; de l’avenir, obtenues grâce à des modélisations souvent très pointues.

Une première difficulté réside dans le fait que le changement climatique constitue l’un des sujets les plus complexes que nous ayons à traiter, en raison de l’interdépendance des phénomènes, et des paramètres qui les influencent. Il en résulte des études très complexes, déchiffrables seulement par des experts, et des jeux de données extrêmement riches, mais dont il n’est pas toujours facile d’extraire les messages pertinents et appréhendables par un public non initié.

Ensuite ces données sont souvent très spécialisées, dédiées à un angle particulier d’un problème adressé simultanément par plusieurs organismes ou échelles de territoires. L’obtention d’une vision consolidée nécessite un énorme travail d’harmonisation.

Pour rendre ces informations précieuses accessibles, un travail d’exploration, d’agrégation et de restitution est essentiel. Celui-ci doit se faire en fonction du ou des publics cibles et de l’utilité qu’ils pourront en tirer : imaginer les bons indicateurs, mais aussi la manière pertinente de les représenter, constituent toute une chaîne de valeur qui fait intervenir de nombreuses compétences.

C’est typiquement la démarche engagée par la Fédération Nationale des Travaux Publics, à travers la plateforme InfraClimat réalisée par Onepoint. Elle permet à toute collectivité d’obtenir des indicateurs et une visualisation graphique de l’exposition de ses infrastructures territoriales vis-à-vis des aléas climatiques. Un volet pédagogique complémentaire explique les phénomènes et esquisse des pistes d’approfondissement pour encourager la mise en action.

Cartographie InfraClimat - changement climatique et numérique

Des outils pour planifier et agir

Car oui, le but est bien l’action. Mais comment prendre les bonnes décisions ? La beauté des données, c’est qu’on peut jouer avec. Pas seulement pour en extraire des représentations apportant de la compréhension, mais aussi pour transformer virtuellement l’existant et regarder ce qui se passe… C’est ici que les jumeaux numériques et les plateformes qui les exploitent, en lien avec des simulateurs experts, ont un beau rôle à jouer. En imaginant, testant et comparant des scenarios, on « voit avant de faire ». Ce type d’outil permet de modéliser et de prendre en compte de multiples paramètres, dans une approche systémique où l’on peut croiser des données météo avec des données sociales, environnementales, réglementaires ou autres.

Prenons par exemple la loi ZAN (Zero Artificialisation Nette), à laquelle les collectivités sont soumises depuis 2023. Elle vise à protéger les espaces naturels en limitant l’expansion urbaine, et ainsi préserver les gisements de biodiversité et les zones à fort pouvoir de séquestration carbone. Si l’on dispose d’une représentation du plan d’occupation des sols, il est assez facile de caractériser chacune des zones par des indicateurs liés à ses capacités de séquestration de CO2. Cet existant peut être modifié virtuellement en redessinant des périmètres dont on envisage de changer la typologie : un champ devient une zone commerciale, une friche est réaménagée en parc… A chaque fois le logiciel recalcule les caractéristiques de la zone concernée et la réagrège avec l’ensemble pour donner un nouvel indicateur de potentiel de séquestration à l’échelle du territoire, qu’on peut alors comparer avec les objectifs réglementaires.

changement climatique et numérique

Illustration plateforme Provoly de Onepoint : cas d’usage séquestration carbone

Partager et collaborer pour aller plus vite

Malgré la difficulté d’harmonisation, d’agrégation, de maintien de la qualité des données, les pouvoirs publics s’appuient sur 2 réalités. Premièrement, pour évaluer et anticiper les actions, ils ont besoin de certaines données territoriales dont ils ne sont pas les détenteurs (par exemple pour consolider une image des émissions de GES à l’échelle territoriale, tous émetteurs confondus). Par ailleurs, ils sont légitimes pour fédérer les efforts de collecte et de mise en commun dans un objectif d’intérêt général. De nombreuses collectivités ont ainsi initié des démarches de « Service public de la donnée » qui visent à la mettre à disposition et en faciliter la circulation entre les acteurs. Elles se positionnent en tiers de confiance qui a la légitimité pour écrire et faire respecter les règles du jeu, et mettre en place la gouvernance qui va avec.

Le projet Terreze imaginé par le consortium La Rochelle Territoire Zero Carbone, auquel participe Onepoint, en est un parfait exemple. Il réunit la ville, l’agglomération, l’université, le port, des entreprises et des associations de citoyens pour déployer une plateforme territoriale de données et un portail de pilotage zéro carbone sur le territoire.

Visualisation issue de la plateforme Terreze - changement climatique et numérique

Visualisation issue de la plateforme Terreze

Dans ce type d’initiative, la démarche touche jusqu’au citoyen qui peut partager (ou pas) ses données de consommation, ses habitudes de déplacement, ses observations… que ce soit directement ou via des applications. Il existe par exemple aujourd’hui de nombreuses initiatives de crowdsourcing en lien avec les observations de la nature, de la biodiversité (inventaires, évolution des écosystèmes), des effets du changement climatique (retrait du trait de côte), de nature à enrichir le matériau de connaissance du territoire sur lequel travailler.

ClimateWatch - ClimateWatch

ClimateWatch, application de crowdsourcing de données sur les évolutions du climat

En tant qu’acteur majeur du numérique et architecte des grandes transformations, Onepoint entend prendre sa part dans ces grands chantiers, montrer que les choses avancent et accompagner les territoires dans une démarche positive et non catastrophiste, tout en étant volontaire. C’est dans cet état d’esprit que nous avons imaginé le Climat Resilience Tour, une série d’évènements que nous déclinons dans nos QG en région, pour parler créativité, numérique et adaptation au changement climatique.

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  • Le 2 juillet à Nantes
  • Le 10 octobre à Aix -en -Provence
  • Le 13 novembre à Strasbourg

Auteur : Christine Le Brun

Experte smart cities & places