Traduire sans trahir : l’appui d’une école d’art pour vulgariser nos travaux de recherche

Comment faire sortir la recherche scientifique des rapports austères que seuls leurs auteurs lisent jusqu’au bout ? C’est le défi qu’ont choisi de relever conjointement L’institut Onepoint et le DSAA Illustration Sciences & Médiation de l’École Estienne via leur premier partenariat. En faisant collaborer des doctorants avec des étudiants en art et design graphiques, cette initiative explore de nouveaux formats de vulgarisation, volontairement éloignés des codes académiques traditionnels.

La recherche, développement et innovation (R&DI) au sein des grandes entreprises de conseil et de technologie peinent trop souvent à gagner en visibilité, tant en externe qu’en interne. Les chercheurs, qu’ils soient doctorants ou docteurs, passent des mois, voire des années, à explorer des problématiques complexes, à concevoir des algorithmes sophistiqués ou à modéliser des systèmes d’organisation futuristes.

Cependant, une fois les thèses soutenues et les articles publiés dans des revues spécialisées, on s’interroge. Comment transmettre cette précieuse connaissance au-delà du cercle restreint des experts ?

L’institut Onepoint s’est emparé de cette problématique en s’associant à l’École Estienne (École Supérieure des Arts et Industries Graphiques). L’objectif de cette collaboration : faire travailler des étudiants du DSAA (Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués) Illustration Sciences & Médiation avec les chercheurs de L’institut pour concevoir des modalités innovantes de partage et de médiation des savoirs.

Occasion pour les deux partenaires de bousculer le traditionnel formalisme institutionnel et faire émerger une véritable culture de la transmission visuelle et narrative. Jeux de société, bandes dessinées ou dispositifs narratifs deviennent ici les vecteurs d’un langage commun, par une démarche qui interroge la manière dont la recherche peut être traduite sans être altérée.

Sortir du « syndrome du PowerPoint »

Dans le monde professionnel et académique, le support de communication par excellence demeure la présentation PowerPoint ou le rapport textuel. Pourtant, ces formats échouent fréquemment à capturer l’essence et la valeur concrète d’un travail de recherche.

Pis, ils rebutent le public non initié par une surcharge d’informations ou une trop grande abstraction. Intégrant cela, le partenariat mené entre l’École Estienne et L’institut est né d’une ambition partagée : faire sortir la recherche des rapports que seuls leurs auteurs lisent jusqu’au bout.

La production de connaissance scientifique ne représente en réalité qu’une facette du travail du chercheur. L’autre moitié, souvent négligée, consiste à la rendre partageable et accessible au plus grand nombre.

Une sélection de nos chercheurs, toutes disciplines confondues, a commencé à explorer avec les étudiants en art la traduction de leurs sujets de thèse en messages clairs, accessibles et percutants. C’est de cette hybridation des compétences que naît la possibilité d’un renouveau méthodologique.

Vulgariser en traduisant plutôt qu’en simplifiant à l’excès

Une idée reçue tenace prétend que vulgariser la R&D revient à « faire simple » ou à « vider un sujet de sa substance » pour le rendre digeste. C’est une vision réductrice que ce partenariat s’attache à déconstruire. Vulgariser, ce n’est pas appauvrir la pensée scientifique, c’est « traduire sans trahir ». Cette nuance est fondamentale.

La traduction implique le passage d’un système de signes (le jargon technique, les équations mathématiques, les concepts informatiques) à un autre médium (l’image, le récit, la métaphore visuelle, l’objet physique) sans en altérer la rigueur ni la vérité sous-jacente.

De plus, cette démarche suppose un changement de paradigme éthique et intellectuel de la part du monde scientifique. Il faut accepter que si personne ne comprend un travail de recherche, ce n’est pas toujours la faute du public. Certains experts se retrancheront derrière la prétendue complexité de leur discipline pour justifier l’incompréhension générale.

En réalité, l’effort d’intelligibilité doit être partagé. L’appui d’une école d’art et de design comme Estienne réside précisément dans sa capacité à concevoir des passerelles communicationnelles, Ces dernières offrent à la rationalité scientifique un espace de rencontre avec la sensibilité artistique, suscitant ainsi l’intérêt et la compréhension.

Session de travail entre les étudiants d’Estienne et les chercheurs de L’institut Onepoint
Session de travail entre les étudiants d’Estienne et les chercheurs de L’institut Onepoint

La rencontre de deux mondes : quand le chercheur croise le designer

L’un des aspects les plus riches de ce retour d’expérience réside dans le dialogue direct et l’intercompréhension progressive entre les chercheurs et les designers. Pour de nombreux scientifiques, le travail des professionnels de l’image restait flou ou cantonné à une dimension purement décorative.

C’est ce que souligne Marius Ortega, doctorant de L’institut : « Ce qui m’a marqué, c’est la découverte du métier de designer pour un chercheur. Je ne connaissais pas bien ce métier, c’était abstrait ». Ce partenariat a introduit dans le quotidien de ces chercheurs des notions de beauté, d’esthétique et de sensibilité au cœur même d’un travail de recherche scientifique.

Marius met en lumière un autre enjeu crucial propre à la recherche appliquée en entreprise. En conférence ou dans le cadre académique traditionnel, les scientifiques manifestent un intérêt prononcé pour la dimension purement technologique ou conceptuelle (par exemple, l’architecture d’une intelligence artificielle). Leur regard porte alors davantage sur la conception de l’agent, que le problème de l’organisation qu’il est censé résoudre.

 
« La vulgarisation du pendant opérationnel de ma thèse, c’est ça qui est le plus pratique. En conférence, les scientifiques sont moins intéressés par l’opérationnel que par la dimension IA. Ils sont plus curieux de comprendre comment l’agent est fait que quel problème il va résoudre en entreprise. L’enjeu est sur le comment, pas sur le pourquoi. Avoir ce support sous forme de BD, c’est du temps de gagné pour justifier mes travaux. »
Marius Ortega, doctorant Onepoint

Or, pour un chercheur en entreprise, la vulgarisation du pendant opérationnel de sa thèse s’avère être l’élément le plus pratique au quotidien. Grâce à cette collaboration, les chercheurs de L’institut gagnent un temps précieux pour expliquer et justifier nos travaux auprès de publics non spécialistes. Le support visuel ne remplace pas la thèse ; il en devient l’ambassadeur opérationnel.

Un extrait du contenu de la bande dessinée illustrant le travail de recherche de Marius, par Émilie Siefridt & Mathys Favre
Un extrait du contenu de la bande dessinée illustrant le travail de recherche de Marius, par Émilie Siefridt & Mathys Favre

L’École Estienne et le DSAA Illustration, Sciences & Médiation : une expertise unique en France

Pour mener à bien une telle entreprise, le choix de l’École Estienne et plus particulièrement de son DSAA Illustration, Sciences & Médiation ne s’est pas fait au hasard. Ce parcours d’excellence en deux ans aboutit à un diplôme d’État de grade Master, consigné par le Muséum national d’Histoire naturelle. Il se destine spécifiquement à la formation d’illustrateurs et d’illustratrices experts.

Sa singularité réside dans sa capacité à former des professionnels aptes à dialoguer d’égal à égal avec différents acteurs du monde scientifique. Ensemble, ils conçoivent des dispositifs visuels de médiation capables de transmettre des savoirs d’une grande complexité avec rigueur, créativité et sens critique.

 
« Nous définissons l’illustration scientifique comme toute iconographie destinée à partager une compréhension rationnelle et collective du monde réel.  » Guillaume Lecointre, systématicien et enseignant chercheur au MNHN
 

Cette formation transmet aux étudiants un ensemble de pratiques graphiques spécifiques aux différents champs des sciences.

Au fil de leur cursus, les étudiants expérimentent des techniques de dessin scientifique académique, qu’il soit assisté optiquement ou numériquement. Ils éprouvent parallèlement diverses stratégies de médiation. Ils acquièrent par ailleurs une culture théorique grâce à des enseignements approfondis d’épistémologie, d’histoire et de philosophie des sciences. Unique en France par son positionnement hybride, ce cursus bénéficie d’un rayonnement national et international légitime, soutenu par de nombreux partenariats académiques de premier plan.

La formation accorde une place centrale aux controverses scientifiques, aux enjeux contemporains liés à l’Anthropocène ainsi qu’aux relations dynamiques entre science et société. Cela forme des praticiens pleinement conscients des défis éthiques et politiques de la diffusion des savoirs à notre époque.

Au cœur de ce parcours, le dessin sous toutes ses formes s’associe à des pratiques narratives riches et diversifiées. Cela inclut, entre autres, bande dessinée, narration documentaire, image séquentielle, dispositifs d’exposition, image animée ou encore performance graphique.

Au-delà du support traditionnel, explorer des médiums inédits

Face aux sujets de recherche de L’institut, les étudiants du DSAA Illustration Sciences Médiation ont fait preuve d’audace créative. Ils ont refusé les formats attendus. Ils ont leur préféré des médiums alternatifs et immersifs : jeux de société, bandes dessinées, sculptures tridimensionnelles ou encore dispositifs narratifs interactifs.

Un budget a été alloué à chaque binôme chercheur-étudiant afin de soutenir la réalisation des ambitions portées par les groupes, comme en témoigne une étudiante de l’école Estienne :

 
« Cette enveloppe nous a donné l’occasion d’imaginer des objets beaucoup plus ambitieux en termes de techniques et de matériaux, nous avons, par exemple, pu créer un support en volume qui combinait impression papier et impression 3D. La gestion de ce budget, la recherche de fournisseurs et la réalisation de devis ont également constitué une expérience professionnalisante, en nous confrontant à des aspects concrets de la conduite de projet. »
 

Ces formats transforment le rapport du public à la recherche. Ils transposent une problématique algorithmique ou un enjeu organisationnel en un jeu de société.

Cette démarche oblige à modéliser les contraintes du chercheur sous forme de règles de jeu. Dès lors, le système gagne en intelligibilité par la manipulation physique et l’expérience ludique. La bande dessinée, quant à elle, humanise le chercheur et scénarise le problème d’entreprise.

Elle offre ainsi une double lecture immédiate où l’esthétique sert de porte d’entrée vers des notions conceptuelles plus subtile. La sculpture ou le dispositif d’exposition spatialisent la pensée. Les structures de données ou les flux de connaissances deviennent compréhensibles à travers le volume et l’espace.

Le résultat de ces travaux dépasse ainsi largement le cadre classique d’un projet pédagogique pour devenir de véritables outils de transfert technologique et culturel.

Le Flyer sérigraphié accompagnant une maquette conceptuelle
Le Flyer sérigraphié accompagnant une maquette conceptuelle

Vers un langage commun entre science et création

Ce premier partenariat entre L’institut Onepoint et l’École Estienne trace les contours d’une collaboration d’avenir, indispensable pour relever les défis de la diffusion des savoirs.

Son aboutissement ne réside pas uniquement dans la création de ces supports, mais dans leur confrontation avec le monde réel et le public de l’entreprise.

Parce que la production de connaissance n’est complète que lorsqu’elle est partagée, L’institut a pris la décision de valoriser ces réalisations exceptionnelles au sein de ses propres espaces.

Les différents projets réalisés par les binômes étudiants-chercheurs seront ainsi exposés de manière pérenne dans notre showroom.

Venez visiter notre showroom au 29 rue des sablons, Paris 16
Venez visiter notre showroom au 29 rue des sablons, Paris 16

Cette démarche constitue une manière très concrète de rappeler à nos collaborateurs, à nos partenaires et à nos clients que la R&D et l’innovation ne se limitent pas à des concepts stratégiques abstraits ou des roadmaps technologiques désincarnées.

L’innovation se vit, se regarde, se touche et se raconte. En donnant à voir la recherche à travers le prisme de l’art et du design, L’institut réaffirme sa vision d’une technologie à visage humain, ancrée dans la culture, l’interdisciplinarité et le partage des connaissances.

L’exigence de la démarche scientifique et la puissance d’évocation des arts graphiques se rejoignent dans cette initiative. Elle affirme que l’art est un outil d’investigation intellectuelle et de médiation, indispensable pour donner du sens à la complexité.

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