Les inégalités du télétravail
Dans cet article, Juliette Massart, psychologue du travail et Dan Gugenheim, consultant, tous deux collaborateurs à Bordeaux et à Toulouse, vous proposent une réflexion sur la nature du télétravail, les inégalités qui peuvent peser sur les individus, et les pistes pour y remédier.
Catégories de télétravail
Tout d’abord, il nous semble important de distinguer les types de télétravail selon au moins deux critères : La synchronicité des échanges Le caractère contraint ou non de sa mise en place Certains autres aspects comme la localisation, les environnements techniques et le plan légal ne seront pas abordés ici.- Contraint et synchrone :
- Contraint et asynchrone :
- Non contraint et synchrone :
- Non contraint et asynchrone :
Des inégalités structurelles et entre individus
Une enquête de l’Association Nationale des DRH montre que ces quatre derniers mois, 95% des DRH sondés déclaraient avoir mis en place du télétravail dans leur entreprise. La crise du covid-19 a ainsi précipité les entreprises dans un recours sans précédent au télétravail pour les salariés pouvant exercer leur activité à distance. Une décision qui, pour la majorité des entreprises, fut prise sans préparation préalable, tant au niveau organisationnel qu’au niveau technique. Alors, sommes-nous tous égaux face à cette situation et au télétravail imposé ? La réponse est bien évidemment non. 1. D’abord, il existe des inégalités inhérentes à la structure qui vous emploie : maturité, habitudes, activités. Certaines entreprises, déjà familières avec ce mode de fonctionnement, disposent d’outils de gestion et de collaboration à distance adaptés permettant ainsi aux salariés de continuer leur activité de manière relativement peu dégradée. Tandis que d’autres, qui n’ayant pas ou peu recours au télétravail, ont dû s’adapter de façon réactionnelle aux circonstances : avec un personnel peu ou non formé aux outils, et un manager n’ayant jamais encadré à distance. Tout cela rend la réussite du dispositif très dépendante des compétences de chacun à maitriser les outils numériques à disposition, gérer une équipe à distance, organiser son temps et son activité de manière efficace. Elle repose également sur des caractéristiques intrinsèques aux équipes : une bonne communication, une bonne organisation et une entente générale constituent toujours un socle nécessaire à la pérennité d’une équipe, et elles demeurent d’autant plus essentielles lors d’un fonctionnement à distance. 2. Outre ces facteurs structurels pouvant influencer la bonne adaptation au télétravail, il nous paraît essentiel d’aborder les inégalités entre individus face au contexte. Des inégalités à la fois sociales (qui vont venir distinguer les individus par leurs caractéristiques sociodémographiques et socio-économiques) et fractales (entre individus d’un même groupe). En effet, le télétravail met en exergue des inégalités sociales déjà présentes entre les individus. Nous ne sommes pas tous égaux face au télétravail, que ce soit de par notre situation familiale (de nombreux témoignages font remonter les difficultés rencontrées dans l’articulation des temps familiaux et professionnels, gérer un foyer tout en maintenant son activité à côté est un vrai challenge), mais également sociale. Les conditions de vie ont un fort impact sur notre vécu du confinement et du télétravail prolongé. De plus, l’accès au numérique n’est pas un acquis, bien au contraire ; une mauvaise connexion internet, une non-familiarité avec les outils proposés sont d’autant de freins à une activité fluide et peuvent renforcer l’isolement. Les inégalités fractales peuvent aussi être un facteur aggravant des inégalités face au télétravail. Elles font état des différences inter-individuelles et concernent par exemple les fonctions cognitives. On peut en distinguer plusieurs liées à l’attention et la mémoire : capacités de mémorisation, de concentration, de traitement de l’information ; mais aussi d’autres liées aux fonctions exécutives et intellectuelles : planification, capacité d’adaptation, pour ne citer qu’elles. Ces capacités varient d’un individu à un autre. Dans un contexte comme celui que nous traversons, nous ne sommes bien évidemment pas tous égaux face à la nécessité de s’adapter, de se concentrer dans un environnement plus ou moins bruyant, ou de mémoriser des informations uniquement visuelles pour citer quelques exemples faisant écho au contexte de télétravail. L’enjeu serait donc de pouvoir analyser ses forces et faiblesses et communiquer autour des difficultés que nous rencontrons au quotidien, mais également de pouvoir adopter de nouvelles méthodes de travail mieux adaptées à nos besoins personnels.Le management par le résultat, une solution pour pallier les inégalités générées par le télétravail ?
Ces inégalités identifiées, nous allons tenter d’y répondre. Nous souhaitons aborder la question des habitudes de travail dit « de moyens ». En effet, notre cadre de travail français est défini par le temps de travail ainsi que des horaires de travail standardisés. Ce cadre d’exercice ne permet pas de s’adapter aux spécificités des individus et à la multiplicité des contextes de télétravail. Marquant ainsi d’autant plus les inégalités sociales et fractales. Une solution serait de modifier cette habitude de diriger par le temps effectif sur un management par le résultat : une tâche/une journée en un encadrement de l’activité par les résultats. Le salarié pourra ainsi s’organiser librement grâce à la priorisation de tâches explicites et équivoques. Cette formule repose sur la responsabilisation du collaborateur dans son travail (induisant ainsi une plus grande autonomie) mais également sur un management basé sur la confiance. Cela nécessite en effet un minimum de confiance et de bienveillance de la part de l’encadrant comme de l’encadré, car elle laisse moins de vision au management et plus de liberté à l’individu. Cette modalité de management repose sur :- une définition fine du résultat attendu
- des processus négociés en amont et encadrant l’obtention de ce résultat