Rationalisation des réseaux d’agence
Dans un contexte de taux bas et de concurrence par les banques en ligne/mobiles et néobanques, les banques dites traditionnelles ont eu pour réponse – outre la digitalisation croissante de leur activité – une rationalisation de leur réseau physique (comprendre : une réduction du nombre d’agences et/ou de conseillers)
Bien que la généralisation de la consommation de services bancaires à distance ait rendu raisonnable le dimensionnement à la baisse de la main d’œuvre en agence, ces actions ont souvent été conduites dans un objectif financier de préservation de la marge. La cible quantitative a donc bien souvent été fixée sur la base d’enjeux financiers plus que sur la capacité opérationnelle à adresser la clientèle.
Ces actions court-termismes ont pu répondre aux objectifs qui leurs avaient été assignés, mais elles représentent une opportunité manquée pour un secteur traversé par des enjeux contradictoires. Cet article ambitionne de proposer un séquencement des problématiques à adresser en vue de la rationalisation d’un réseau bancaires.
Penser le réseau physique comme une opportunité
Dans une approche défensive de leur potentiel, les banques traditionnelles ont tendance à voir leur réseau comme un passif qui nuirait à leur compétitivité. Les réseaux seraient larges, couteux, difficilement manœuvrables en termes de conduite du changement et ne créeraient qu’une valeur ajoutée marginale à l’aune de la digitalisation des services bancaires. Or cette vision est porteuse d’une inéluctable défaite : dès lors que les réseaux sont vus comme un frein, les banques traditionnelles ne disposeraient plus d’avantage compétitif face à leur nouvelle concurrence. Perspective inquiétante s’il en est… Les réseaux physiques offrent toutefois des opportunités bien connues (proximité, capacité à personnaliser la relation, accompagnement « physique » lors des moments de vie…) qui permettent à date aux banques traditionnelles de rester solidement positionnées sur les populations à forts besoins bancaires (professionnels, patrimoniaux, emprunteurs). Des atouts réels, mais hélas essentiellement envisagés sous un angle de défense du portefeuille clients. Autre difficulté, il est illusoire de penser que la digitalisation des services est arrivée à son terme : les évolutions à venir (Intelligence artificielle et Big Data en tête) promettent toujours plus de personnalisation, de ciblage et d’anticipation sur les attentes clients… Sans mouvement structurant pour mieux adresser ses clients, les réseaux physiques sont menacés, le principal enjeu étant d’offrir à ses clients… ce que seule une agence peut offrir ! C’est uniquement sur la base de cette offre et du modèle relationnel ambitionné pour la distribuer qu’un acteur doit construire sa réflexion pour rationaliser son réseau physique. Mener cette réflexion en amont d’un projet de rationalisation est un pari pour l’avenir, car ces deux éléments sont des intrants structurants à toute démarche comme nous allons le voir.Rationaliser un réseau, l’approche « minimaliste »
La rationalisation d’un réseau d’agences répond classiquement à deux enjeux :- Quels points de vente conserver ?
- Quels effectifs pour les points de vente retenus ?
Si deux intrants théoriques de cette démarche impactent le dimensionnement (ambitions et modèle relationnel cible) le modèle relationnel reste – on l’a dit – le grand oublié de ce type de démarche. Or le modèle relationnel impacte la démarche de deux manières :
- Impact sur les métriques cibles : Du modèle relationnel dépend en effet les métriques élémentaires de charge en agence. Quel temps doit consacrer chaque conseiller à ses clients ? Pour quelles actions (commercial, conseil, prospection…) et quels objectifs ?
- Impact sur le travail itératif du dimensionnement : Du modèle relationnel cible dépend également le modèle d’agence cible, et donc le nombre d’ETP plancher pour rendre ce modèle opérable. Cet élément est une des clés du travail itératif de dimensionnement cible puisque les propositions successives doivent permettre d’optimiser la couverture territoriale tout en maintenant des agences de taille satisfaisante.