VivaTech 2026 : le passage à l’échelle, nouveau terrain de compétition
VivaTech n’a pas choisi son mot d’ordre par hasard cette année.
« Artificial Intelligence: Impact, Not Illusion. »
Pas un thème suggéré par un observateur extérieur, le thème officiel de l’édition, affiché sur chaque stand, répété dans chaque conférence.
Cette bascule a un nom : la Frontier Firm, l’organisation qui fait de l’IA un moteur d’efficacité, de différenciation et de performance économique — plutôt qu’une collection de démonstrations. C’est la grille de lecture qui a accompagné ce que nous retenons du salon.
Cette année encore, les robots humanoïdes assuraient le spectacle sur la quasi-totalité des stands, captant l’attention des caméras. Mais ils ne constituaient plus le véritable sujet de conversation entre professionnels.
Derrière la démonstration factice d’un robot servant un café, une interrogation bien plus austère et déterminante dominait les échanges : comment déployer l’IA à l’échelle d’une organisation entière, bien au-delà d’une démo de trente secondes ?
Dix ans après sa création, le salon vient de faire à voix haute ce que beaucoup d’organisations refusaient encore d’admettre tout bas. Le passage à l’échelle.
La décennie de la démonstration est terminée. Celle de l’industrialisation commence.
Onepoint était présent au salon, Florian Clarte et Christophe Crémon ont pitché sur ce basculement.
Notre session intitulée Agentic at Scale : Hypervelocity Acceleration portait sur l’importance de la préparation.
La vélocité n’est pas un outil, c’est une question de préparation de l’organisation.
Les chiffres que nous avons montrés ne laissaient pas de place au doute.
- 88% des entreprises utilisent déjà l’IA dans au moins une fonction.
- Seulement 5% en créent de la valeur à l’échelle.
Le Microsoft Agent Readiness Framework le confirme à l’échelle organisationnelle : les Achievers, qui combinent stratégie et exécution, déploient des agents en production en moins de 6 mois. Les autres mettent 15 mois. Comment expliquer un tel écart (x2,5) ? La différence ne se joue pas sur le modèle (même technologie), elle se joue sur la préparation de l’organisation qui l’entoure.
Ce diagnostic n’était pas circonscrit à notre créneau. Les quatre thèmes structurants de l’édition, AI & Productivity, Cybersecurity & Defense, Greentech & Energy, Deeptech, faisaient le même constat : l’écart entre potentiel théorique et préparation réelle. Qu’il s’agisse d’absorber une capacité agentique, de concilier calcul IA et durabilité énergétique, ou de transformer une avancée scientifique en produit déployable.
Au-delà de l’accès à la technologie : le défi de la maîtrise durable
Et la même question s’est rejouée à l’échelle géopolitique. Nous avons assisté, sur la scène principale, à l’intervention de Joe Tsai, président d’Alibaba, qui a posé une question stratégique à l’Europe : « aujourd’hui, tous vos œufs sont dans le même panier, une dépendance quasi totale aux modèles fermés américains ».
Joe Tsai a pris l’exemple de la suspension soudaine de Fable 5, retiré du marché européen d’un coup, par décision d’un seul acteur. Pour lui, un modèle ouvert comme Qwen offrirait à l’Europe un deuxième panier, avant, idéalement, de construire son panier propre. Il a cité Mistral comme cette troisième option.
Que l’on partage ou non l’intérêt commercial évident derrière ce discours, la question rejoint exactement le fil de l’édition : avoir accès à la technologie ne suffit pas si on n’a aucune maîtrise sur les conditions de cet accès.
Un pitch, quatre thèmes de salon, une intervention venue de Chine, la même question, à chaque fois : qui a construit les conditions de son passage à l’échelle, et qui se contente encore de dépendre d’un seul fournisseur ?
Souveraineté, puissance et métier : le nouveau triptyque de l’IA en 2026
A l’échelle de deux start-ups pour penser l’IA à l’échelle
Mindflow a construit une plateforme d’orchestration agentique pour les équipes IT et cyber, connectée à plus de 4 000 intégrations, avec une discipline qui rejoint exactement notre pitch : automatiser le travail répétitif, garder la décision humaine au centre.
Celestory a « repoussé » la promesse de souveraineté : leur nano-datacenter IA, le Kubb, conçu entre Kourou et Toulouse, fait tourner des modèles en local jusqu’à 2070 TFLOPS, sans connexion internet, avec un projet en préincubation avec l’Agence spatiale européenne pour le tester à bord de la Station Spatiale Internationale.
C’est un signal fort : nos startups savent allier expertise de pointe et robustesse, au point de viser les étoiles.
A l’échelle de l’infrastructure : du côté d’OVHcloud, Scaleway et Nvidia
Octave Klaba, sur le stand OVHcloud, résumait l’ambition européenne en une phrase nette : « votre cloud, vos règles, vos choix, votre liberté. » Scaleway, de son côté, avait déjà été sélectionné par NVIDIA pour rejoindre DGX Cloud Lepton, rendant ses clusters souverains accessibles dans l’écosystème NVIDIA mondial, preuve qu’une infrastructure souveraine n’oblige pas à renoncer à la puissance de calcul des meilleurs accélérateurs du marché.
La souveraineté n’est plus un isolement, c’est une négociation. En 2026, elle ne se construit plus en opposition à l’écosystème mondial : elle se construit en négociant sa propre place dans cet écosystème, à ses propres conditions.
À l’échelle d’un dirigeant d’un grand groupe
L’IA s’est ancrée dans le geste métier quotidien. L’IA a dépassé le stade du gadget ou du sujet purement technique réservé aux DSI. Elle s’est installée au cœur des processus de création, et ce, au plus haut niveau de l’État-major des entreprises.
Bernard Arnault a dit organiser chaque semaine une séance de conception assistée par IA avec ses équipes. Le but était d’itérer sur le design des produits du groupe. Le détail est anecdotique en apparence. Il dit pourtant la même chose que tout le reste du salon : l’IA générative n’est plus une démonstration qu’on regarde, c’est un outil qu’on intègre dans son geste de travail quotidien, jusqu’au sommet d’un groupe mondial de luxe.
L’IA est passée de la « démonstration passive » à un outil intégré dans le flux de travail le plus quotidien et le plus stratégique.
Une startup, un cloud, un dirigeant : trois échelles, une seule logique. Celles qui ont construit leur socle avant d’accélérer prennent une avance qui ne se rattrape pas en allant plus vite après coup.
Et vous, vous en êtes où ?
La victoire appartient à ceux qui ont préparé leur socle – Le podium n’est plus dans les benchmarks de modèles. Il est dans la capacité à déployer, gouverner et faire évoluer ces technologies de façon durable. C’est cette capacité-là qui distingue une Frontier Firm d’une organisation qui collectionne les démonstrations.
Où en est votre organisation sur ce passage à l’échelle ? La technologie, la gouvernance, ou la culture, quel est votre prochain chantier ?






