Cyber rating, quels enjeux pour les entreprises ?
En matière de notation, l’actualité est dominée depuis plusieurs mois par le système de « crédit social » mis en place par les autorités et le groupe bancaire Alipay en Chine. La population locale, échaudée par une succession de scandales sanitaires, de fraudes et de malversations, est particulièrement attentive à toute solution susceptible d’éviter toute sorte d’escroquerie. C’est dans ce cadre que le système de « crédit social » se déploie, censé amener de la sérénité en récompensant les comportements honnêtes et en punissant les comportements déviants.
Notation financière, rating RSE, Cyber rating… Quand les notes investissent le cyberespace, quels enjeux pour les entreprises ?
Si cette démarche interroge, notamment de la part d’un gouvernement faisant peu de cas des libertés individuelles, elle illustre deux tendances majeures, susceptibles de nous éclairer sur les implications d’un tout autre type de notation, le Cyber rating :
- Les individus et les acteurs économiques cherchent à réinjecter de la confiance dans leurs relations avec leurs parties prenantes (partenaires commerciaux, fournisseurs de services, sous-traitants…). L’établissement d’une note constitue de fait un outil d’aide à la décision, permettant d’évaluer le niveau de risque attaché à un acteur ou à une transaction.
- Ces «notes » investissent l’ensemble des domaines : financière, environnementale, éthique, sociale ou hôtelière… A chaque domaine d’activité ou à chaque problématique correspond désormais une note…
Le rating, un outil d’aide à la décision bien connu des acteurs financiers
Les mécanismes de notation financière et extra financière constituent un outil privilégié pour les décideurs économiques et les institutions financières, car elles permettent de rapidement se faire une idée claire du profil de risques d’une organisation ou d’un individu. Ces indicateurs, véritables outils de prise de décision, sont particulièrement développés aux Etats-Unis et intéressent tout particulièrement les organismes de crédit, les banques et les assurances, qui se focalisent sur le risque. Ainsi, les scores FICO relatifs aux profils de crédit des particuliers et les notes attribuées par les trois grandes agences de notation (Standard & Poor’s, Fitch et Moody’s) aux Etats, aux entreprises et aux institutions financières sont devenues incontournables. Ces notes sont donc susceptibles de d’avoir des conséquences lourdes pour les acteurs concernés : souvenez-vous donc du AAA de la France, érigé au rang de trésor national par plusieurs dirigeants politiques… et des conséquences que la dégradation d’une note portant sur une dette souveraine peut avoir auprès des investisseurs. N’oublions pas non plus les scandales réguliers liés à la gestion des scores FICO de plusieurs centaines de milliers de particuliers aux Etats-Unis : du fait d’usurpations d’identité, d’approximations des opérateurs ou d’une erreur de calcul, plusieurs milliers de personnes se voient du jour au lendemain refuser le rééchelonnement de leur crédit ou subissent une augmentation de leurs mensualités sans raison valable… et sans recours.Une prise en compte progressive des différentes composantes de la «valeur » d’une entreprise (+ question de l’affichage…)
Au fur et à mesure que les questions de valorisation financière ont englobé de nouvelles problématiques, de nouveaux outils de notation ont progressivement inclus des sujets nouveaux : le questionnaire DJSI[1] et plusieurs certifications RSE ont été conçus dans le but d’intégrer les enjeux RSE, RH et éthiques dans la valorisation des entreprises, voire même dans le calcul de produits financiers. A ce titre, la pratique du « name and shame » (ou nommer pour punir) est susceptible d’impacter négativement l’image, voire l’activité de certaines entreprises. Il n’y a qu’à voir la multiplication ces dernières années de scandales sociaux, environnementaux ou liés à une chaine d’approvisionnement faisant appel au travail des enfants, pour ne citer que quelques cas emblématiques. Mais se pose alors la question de l’affichage : certaines entreprises peuvent détourner certaines de ces notes de leur but premier.- Au lieu d’intégrer durablement ces problématiques au cœur de leur business, certaines pourraient être tentées gonfler leur résultat en limitant autant que possible leur effort, notamment en jouant sur les critères de notation les plus significatifs ou en jouant sur les pondérations des différents critères.
- D’autres encore ne nécessitent qu’un engagement écrit de l’entreprise, sans avoir à déployer de plans d’action en faveur de la RSE…
- Enfin, la multiplication des indices de référence illustre que les problématiques de rating sont souvent complexes à gérer pour les organisations : les critères pris en compte dans un questionnaire DJSI ne recoupent pas exactement ceux du FTSE4Good ou d’Ecovadis…
Cyber rating: un simple effet de mode ou une lame de fond qui ne dit pas son nom ?
Depuis quelques années, ainsi que l’illustrent les rapports successifs du Forum Economique de Davos, les problématiques liées aux risques cyber figurent régulièrement dans le top 5 des menaces les plus importantes pour la stabilité de l’économie mondiale, aux côtés des risques climatiques. Les cyberattaques massives qui ont émaillé ces dernières années (Airbus, Altran, Bank Of Bangladesh, Equifax, Marriott, NotPetya, Wannacry…) ont fait prendre conscience aux investisseurs et aux professionnels du risque, de la finance et de l’assurance, de l’importance d’intégrer la cybersécurité dans la valorisation des actifs des entreprises et dans l’estimation des risques. Ce sujet est donc particulièrement lié à l’émergence du marché de la cyberassurance et aux moyens d’évaluer le risque cyber de chaque organisation… C’est dans ce contexte qu’émergent depuis quelques années des solutions de cyber rating, qui proposent de noter le degré de maturité des entreprises face aux risques cyber.- Il ne s’agit pas d’un audit de sécurité exhaustif, mais d’une étude basée sur des méthodes de mesure utilisant des informations librement accessibles, telles que la vulnérabilité des applications web, la réputation des adresses IP, les configurations DNS, la sécurisation des noms de domaines et des protocoles e-mail… Il convient donc d’étudier minutieusement la pertinence de cette note et de bien saisir ses modalités de calcul.